Que le vert ne soit pas extrêmement populaire est un doux
euphémisme. Soyons honnêtes avant de cracher sur l’époque, il a toujours été un
marginal plutôt bienvenu en guise d’assaisonnement mais peu prisé comme met
principal. Mais l’époque actuelle est pire puisqu’en dépit de la multiplication
des lancements elle uniformise toujours plus. Aussi quand j’entends parler de
vert, je suis forcément curieux et j’ai le craquage facile. Surtout quand c’est
Marc-Antoine Corticchiato qui s’y colle ? Peut-être. A vrai dire ils sont
si peu nombreux à en sortir… Et avec Mal Aimé, il a réussi un vrai
classique-nouvelle référence.
Disons-le tout de suite, ce jardinier est bien autre chose.
Moins radical il est probablement plus accessible, ce qui ne le rend pas moins
intéressant. Le départ est vert avec un effet presque cologne un peu déroutant,
on se dit « Oh non pas un néroli » mais il n’en est rien et le parfum
ne laisse pas notre nez s’égarer plus de trois seconde, c’est bien de vert
qu’il est question, celui du gazon dans l’air vif et humide (lentisque !)
du matin. Les feuillages se développent, les tiges aussi et quelques fleurs se
laissent entrapercevoir.
Dans la douceur du printemps, c’est bien le vert qui tient
la vedette et les fleurs ne sont qu’en arrière plan apportant une texture au
parfum qui grâce à elles se fait soyeux comme un vieux carré Hermès noué vite
autour du cou avant de sortir car le fond de l’air est frais. Pour moi, le
jardinier est avant tout un parfum impressionniste qui ne tente pas de
reproduire la nature mis la lumière jouant avec la nature. (Ce parfum est TRÉS
lumineux.) Tout est en nuances, en touches de couleurs et il faut prendre du
recul pour percevoir le parfum, surtout ne pas être collé le nez à son poignet
et essayer de décrypter… (Qui fait encore ça ?)
Dans la chaleur, l’histoire est un peu différente et le lys
est plus présent. C’est un lys humide qui se fond avec la peau et reste frais,
absolument pas la fleur blanche capiteuse et entêtante. C’est suffisamment indistinct
que pour être abstrait, aucune sensation d’être dans une boutique de fleuriste ou
chez une maîtresse de maison qui aime les gros bouquets sur ses consoles. (Bref,
c’est pas chez moi ! C’est peut-être pour ça que je préfère le parfum
lorsque le fond de l’air est frais et ne le porterai pas en été.) Je dirais
volontiers, pour rester à Giverny, que l’impressionniste qui nous montre ce
jardin ne peint plus la verdure mais le reflet des fleurs et des feuillages sur
l’eau.
C’est assurément un parfum facile à porter que ce jardiner
avec ses belles notes de nature propre et fraîche, mais une nature de jardin à
l’anglaise, faussement naturelle et vraiment travaillée pour nous ménager les
plus jolies perspectives. Loin de l’assertivité qu’on certains verts, dont on
dit poliment qu’ils ont un sacré caractère, celui-ci est simplement ravissant,
convaincant plus par son charme que par son autorité.
NB : Il rappelle un peu au départ l’eau de Camille
d’Annick Goutal mais alors que celui-i n’était qu’un prélude, on a toute
l’histoire, heureux de découvrir que la petite fille en broderie anglaise et
devenue une nymphe drapée dans la mousseline.
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