aromatics elixir

 

"Dans sa sombre demeure de vieille dame de province..."

Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, à l'ombres des jeunes filles en fleurs, 1919.


Parmi les cinquantenaires toujours très en forme, il y a, aux côté de Rive Gauche, Aromatics Elixir. Qui n’a pas pris une ride. Peut-être parce qu’il les avait déjà à sa sortie ? (Oui, je suis un peu mauvais, mais enfin, ce n’est pas le parfum le plus jeune du monde, il ne l’a jamais été.) 


À vrai dire, Aromatics Elixir fait un peu figure de parfum de niche en dépit de sa grande disponibilité dans tous les points de vente Clinique : pas de publicité, vendu par une marque qui a bâti sa réputation sur le « sans parfum » de ses produits presque médicaux… La seule chose qui aille dans le concept « Clinique » c’est le flacon ultra sobre, minimaliste, à la limite de la pauvreté. Il y avait bien une tentative de discours pour faire passer Aromatics Elixir pour autre chose qu’un parfum en le présentant comme une senteur mise au point pour apporter du bien être au corps et à l’esprit par ses essences choisies, mais personne ne fut dupe. Et le parfum a connu le succès, d’abord parmi les fidèles de la marque qui le voyaient sur le comptoir et le recevaient en échantillon puis peu à peu dans un plus vaste public. Par ailleurs, c’est aussi l’un des premier à avoir passé la barrière des genre. Certes, il est féminin dans le discours de la marque et selon les standards olfactifs de l’époque qui l’a vu naître, mais l’absence de publicité, le fait qu’il reste confidentiel, le nom et le packaging lui ont permis d’être très vite adopté par certains hommes à une époque où les seuls passages d’un camps à l’autre étaient plutôt du type « madame porte le parfum de monsieur. »



Clinique est une marque Lauder et Aromatics Elixir est très signé Estée Lauder. Il rappelle fortement Youth Dew. Un parfum qui a d’abord été vendu sous la forme huile de bain pour convertir la banlieusarde américaine de se parfumer. Ça ne doit pas être un hasard. Le départ, herbeux, est crissant de galbanum, coriandre et camomille. C’est vert, aromatique, très net et très présent. Polarisant. Dès le départ, il y aura ceux qui vont adorer Aromatics et ceux qui vont le détester. Le parfum laisse rarement tiède. Le cœur est intensément floral.  La rose y est énorme. Elle irradie de sombres pulsations épicées. C’est une reine régnante, pas une petite princesse romantique ou une douairière bienveillante. Aromatics a du caractère, un fichu caractère diront certains.


Le fond revisite le chypre et l’orient, saturé de patchouli, de note de mousses, de muscs et d’ambre. C’est là qu’on sent la patte Lauder, on reconnait Youth Dew, l’erreur n’est pas possible. (NB : le groupe a également recyclé la formule du Clinique pour le masculin Aramis 900.) Aromatics est à la fois animal, capiteux, lourd, mais reste très propre, hygiéniste. Quelque part entre le parfum de bourgeoise et le patchouli des hippies, il y avait Aromatics Elixir qui ne ressemblait qu’à lui-même selon ses fans, des fans très différents les uns des autres. Ce qui prouve bien que l’odeur en elle-même compte souvent moins que le marketing. C’est l’absence de discours sur ce parfum qui lui a permis d’être un succès, de trouver un public fidèle qui aimait son odeur et pas les clichés véhiculés par les campagnes publicitaires, les noms à la mords-moi le nœud ou les flacons tarabiscotés. (Quand je vous dis que Aromatics Elixir est presque niche !) 


C’est un parfum qui fut très impressionnant. Un monstre prêt à vous dévoré tout crus. La version actuelle est adoucie, diminuée. Elle reste jolie, mais on se désole de la timidité de celui qu’on aimait pour son exubérance cruelle de parfum qui dévastait tout sur son passage. Le fond de chypre très lourd à l’ancienne l’associe à des grand-mères pour certains, ses notes sombres et quelques peu vineuses, presque vinaigrées, le rendent masculin pour d’autres. Aromatics n’a toujours pas trouvé sa place et c’est ce qui lui permet de la gardé, c’est ce qui lui assure encore aujourd’hui son statut de parfum culte. Oui, c’est un parfum important, influent. (Dans sa descendance, citons, entre autres, Mon Parfum de Paloma Picasso, l’eau du soir de Sisley ou le cri de Parfum d’Empire.) 


Personnellement, je l’admire et je l’adore. Je le fréquente depuis longtemps, en ayant toujours un flacon dans ma « collection. » (Je n’aime pas le mot.) Pourtant, c’est un parfum que je ne porte pas. Je ne lui reproche rien, j’adore le sentir, mais il est « lourd à porter, » très présent, très longtemps. Trop. Il écrase tout sur son passage. Moi, dans le fond, j’ai besoin d’un peu de légèreté. Il est parfait pour les gens fidèles à un seul parfum, pas pour ceux qui aiment batifoler à droite et à gauche. On entre en Aromatics Elixir comme en religion, il me semble. Et c’est un vrai bonheur alors d’utiliser l’extraordinaire gamme pour le corps. (Les gamme corps de Lauder et Clinique sont souvent TRÈS réussie.) Pas besoin du parfum, le gel douche, le baume parfument abondamment et pour longtemps. Mais j’avoue (OUI, c’est moi qui dis ça) que je le trouve daté et vieilli. Ce n’est pas forcément un problème pour moi, mais Aromatics Elixir ne me fait pas vraiment voyager et je trouve que son principal intérêt est d’avoir existé à un moment donné de notre histoire, plus forcément d’être encore en vie.


Aromatics elixir, Bernard Chant pour Clinique, 1971.


Commentaires

  1. Je fais partie des gens qui le détestent, ça a été instantané, c'était sidérant. C'est arrivé sur un comptoir Clinique évidemment.
    Mais je l'admire parce que c'est très beau d'avoir cette force là, d'être un de ces parfums qui osent déplaire. Il y en a tellement qui sont insignifiants ou laissent indifférents. Ton billet est magnifique.

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    1. Bonjour,
      Autrefois, j'ai adoré et osé même l'été ( peur de rien !!!. Aujourd'hui, vous m'avez donné envie de le sentir à nouveau même affaiblie. Comme toujours un beau portrait odorant.

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    2. Oui, il a ce mérite d'être polarisant et de susciter amour ou haine mais de ne pas laisser tiède. C'était une vraie réussite parce que c'était une vraie différence. Même s'il se rattache à une histoire, une famille, qu'il n'est pas né de nulle part mais il a su s'affirmer et c'est tant mieux.

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    3. Ah mais il fait partie de ces parfums qu'on ose tous les jours de toute l'année et peu importe si c'est parfois trop...D'ailleurs, je ne le trouve pas si choquant dans la chaleur. C'est comme ces photos de stars en vison sous le soleil californien: c'est pas adapté mais qui s'en soucie, c'est magnifique!

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  2. Je suis fidèle au même parfum depuis plus de 25 ans, je suis facilement incommodée par les odeurs (migraines :( ) mais il y a 2 ans, une envie de changement. Je connaissais l'Aromatic Elixir qui était le parfum d'une collègue, j'avais 25 ans, elle en avait 40 et m'avait dit "tu verras un jour tu voudras le porter", et bien je l'ai testé, et aimé. Lorsque je porte du parfum, j'en mets très peu, et bizarrement lui, j'en ai rajouté, car sur moi il ne tient pas ! J'avais une vidéo d'une youtubeuse sur qui ça faisait la même chose. Cela n'empêche que c'est un parfum que j'aime beaucoup, il a sa place à côté de mon chouchou Yvresse.

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    1. Je conseille vraiment la ligne corps magnifique. Et en plus ce sont de vrais soins et pas juste une façon différente de se parfumer. Oui Aromatics gagne avec l'âge, le notre, il faut une certaine culture, une certaine maturité pour l'apprécier. Jeune il est plus difficile à appréhender, il fait un peu peur. Et il est plus facile à porter si on a confiance en soi aussi...

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    2. Je ne connaissais pas l'existence de la ligne corps, je pense que je vais me laisser tenter :)

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    3. Oh ouiiiii et c'est bien! Je pourrais porter aromatics rien que pour me baigner dans le gel douche et le baume hydratant!

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