(septembre) lentement

"Nobuko sourit.
Tsuda lui rendit son sourire.
Il n’y avait rien de plus.
Il n’y avait qu’eux deux.
Elle en garda la précieuse image au fond de son cœur."

Clair obscur, Natsumé Sôseki.




Est-ce que la rentrée se passe bien ? Pas si certain… D’un point de vue personnel, je doute vraiment (on essaye de me mettre beaucoup de pression) et, pour ce qui est de l’état de l’univers, je ne vois rien qui s’arrange. L’entrée dans l’automne est toujours un petit traumatisme pour moi qui crains tant le froid : il me semble que chaque année j’entre en mode survie et me prépare comme on prépare une guerre en faisant l’inventaire de ma garde-robe et de mes couvertures (et en me disant forcément, au bord de la crise de panique, que je n’ai plus rien à me mettre et que je ne passerai pas l’hiver.)




Pourtant, j’ai un peu moins mal vécu septembre que je ne le fais habituellement. Cette année, c’est peut-être dû à l’air du temps ou à l’âge, je suis en mode ralenti. Volontairement ralenti. Ce n’est même pas que j’ai envie de prendre mon temps ; il me semble impossible de faire autrement peut-être parce que tout va trop vite et que ce n’est pas possible de suivre. Je pense que j’ai commencé par moins de temps d’écran, pas celui du PC à le travail, hélas, mais surtout celui passé devant netflix and co. Le pire étant que je n’ai même pas eu la sensation de me dégager du temps, juste peut-être de moins courir…




Mais sur mon chemin, j’ai croisé un petit chat qui s’est jeté sur moi pour se faire caresser. Un petit chat, tout doux et bien nourri qui s’est roulé comme une petite trainée pour se faire gratouiller le ventre, et le cou, là, juste sous le menton, et derrière les oreilles et… (Des moments comme ça justifie pleinement qu’on soit en retard à nos rendez vous ou à le bureau.) De même, chemin faisant, je m’attarde et regarde les fleurs comme si elles étaient les dernières et que plus jamais je n’en verrais. (Je suis une vraie drama queen ? Possible…)




Dans le genre truc ultra lent, je me suis remis au kakeibo. C’est une méthode japonaise pour faire ses comptes (je précise parce que je me suis aperçu qu’autour de moi il y avait des gens qui ne connaissaient pas), ça date de 1904, ce n’est donc pas du tout moderne et ça se fait avec un carnet et un crayon. C’est la seule méthode efficace avec moi qui ne sais rien gérer parce que je suis incapable de compter et encore moins capable de me projeter dans le temps. C’est gratifiant parce que c’est efficace et que j’ai économisé sans réellement me priver (oui, je me suis acheté un flacon de parfum de plus alors que ce n’était pas nécessaire, juste indispensable à ma santé mentale et un seul cosmétique – l’acide azélaïque de the ordinary- parce que je n’ai pas eu besoin de plus) mais surtout parce que j’ai apprécié ce temps chaque soir à sortir mon carnet et mon feutre (pointe 0,1) pour noter et faire le point. Par rapport à une application ou un système plus moderne, c’est lent mais c’est une lenteur qui fait du bien et qui est efficace puisqu’elle permet de réfléchir et non d’être en pilote automatique (ou dirigé par une intelligence artificielle) et, en plus, il y a ce vrai plaisir retrouvé d'écrire à la main (de mon écriture bâtonnets-pattes de mouches illisibles, certes.) 




Moins de temps d’écran signifiait aussi plus de temps de lecture, pourtant je n’ai pas été un très gros lecteur. J’ai lu clair-obscur de Natsumé Sôseki lentement parce que le roman réclame de la lenteur. Peu importe qu’il date de 1916 et se passe au Japon, il n’est pas très exotique. C’est l’histoire d’un jeune couple qui se délite dans le non-dit et les secrets. C’est finement observé et décrit, par petites touches qui permettent d’entendre ce que les dialogues ne disent pas. Ça change radicalement du Japon feel-good des librairies et des chats pour ramener vers quelque chose de plus universel et, si ce n’est pas joyeux, ce n’est pas pour autant triste ou déprimant, plutôt comme un constat entre amertume et douceur que l’on tirerait en regardant la vie qui passe, un peu désabusé mais plein d’indulgence.




Mais ce n’est pas pour gagner du temps que je me suis rasé le crâne, non, juste je trouve ça beau. La barbe et les cheveux, ça fait vite « trop d’informations » et un visage qu’on finit par ne plus voir. Là au moins, on voit que j’ai des yeux, pochés et fatigués. Mais il y a surtout cette sensation que j’adore lorsqu’on passe la main sur « les cheveux. » Rien que pour ça, je passerais tout le monde à la tondeuse. (La barbe qui repousse, ce n’est pas du tout pareil et pas du tout aussi agréable !) 




Petite joie de perfumista : j’ai ressorti les parfums d’automne… place aux chypres fruités, aux patchoulis (et retour des aldéhydés qui ne me quittent jamais vraiment.)  Pour la garde-robe, c’est un peu plus compliqué avec un temps aussi changeant sur une seule journée qui fait qu’on ne sait pas quoi mettre. Et donc qu’on n’a un peu rien à se mettre. 




Et votre mois de septembre à vous ?




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