égoïste, chanel

 


Chanel avait ouvert les années '80 avec un masculin et a refermé la décennie avec un autre masculin. Tout avait changé, la maison était revenue sous les feux de projecteurs. Bois noir avait été lancé en 1987, faisant référence au merveilleux Bois des Îles et ressuscitait sous le nom d’Égoïste. La référence à l’ancêtre des années ’20 qui passe par le santal est une mauvaise idée qui ne peut conduire qu’à des déceptions pour ceux qui aiment Bois de Îles et à détourner les gens qui ne l’aiment pas.




Égoïste se démarque joliment et m’a toujours semblé une réponse à Coco, plus que l’eau de toilette Coco, avec la même sensualité affichée, même ambiance de notes fruitées un peu liquoreuses, même type de cœur floral, très rosé et abstrait sur un fond qui tire lui aussi le parfum vers l’orient sans l’y conduire vraiment. Mais dans cet Égoïste, il y a le santal qui est présent du début à la fin, parfois plus floral, parfois plus épicé, capiteux, il serait presque comestible selon les critères de ces années-là qui n’avaient pas encore repoussé les limites de l’alimentaire jusqu’à l’écœurement, mais en restant toujours boisé et d’une belle transparence qui combinée à la fluidité de son évolution lui donne une indéniable élégance, un certain chic.




Il n’y a pas si longtemps que je l’ai redécouvert et je trouve qu’il a bien vieilli. La formule actuelle est vraiment belle et la senteur ne s’est pas démodée. Son équilibre, sa sensualité assumée, mais sans l’extravagance de certains parfums modernes qui pense qu’être sexy c’est sortir son sexe en public, ne sont pas à bouder. Ne se croyant pas non plus obligé de marquer son territoire, il est présent mais avec la discrétion de celui qui sait se faire plaisir sans éprouver le besoin de la faire savoir. Qu'il flirte avec des codes masculin-féminin lui a donné une modernité qui n'était déjà plus surprenante et lui évite aujourd'hui d'être trop daté, enfermé dans des références qui ne sont plus. 




Je l’imagine volontiers dans un salon-bibliothèque. Un endroit qui ressemble un peu à l’appartement de Gabrielle Chanel, avec des dorures, plus qu’à ses boutiques en noir et blanc. Un endroit avec des fauteuils et des canapés où l’on peu savourez le pain d’épices qui transparait parfois dans égoïste comme il le faisait dans Coco, un pain d’épices dans lequel les fruits confits semblent luire comme les cabochons des bijoux de Mademoiselle. Un endroit où la lumière est tamisée, reflétée par les miroirs et les bois précieux, l’or et le cuir des livres précieusement reliés. Un endroit où celles et ceux qui portent Égoïste se sont rencontré, plus, peut-être aimés. Un endroit où les secrets sont bien gardés.


Égoïste, Jacques Polge pour Chanel, 1990.


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