un lys, serge lutens

 


C’était une évidence. Une urgence. Il fallait que je me procure à nouveau un flacon de ce parfum qui est si merveilleux en mai. Il est un peu atypique chez Lutens : pas particulièrement intellectuel, sans drama, sans obscurité, on dirait qu’il a été fait pour le simple plaisir de sentir bon et d’être heureux.




A vrai dire, un lys ne sent pas le lys. Ou pas seulement. Je le décris toujours comme une fenêtre ouverte sur le printemps. La brise, après une brève, très brève, verdeur, transporte dans sa douceur les senteurs des fleurs. Blanches. Muguets, lilas et puis lys vanillé, capiteux mais sans excès. Ce qui est intéressant, c’est le jeu du parfum qui change sans cesse, diffère d’un jour à l’autre, parfois plus muguet, parfois plus lys, toujours soyeux et duveteux. On croirait presque sentir la caresse du pollen qui flotte dans l’air, la chaleur des premiers baisers de l’astre du jour.




La température, l’humidité, la peau, tout contribue à faire changer le parfum. C’est dans la douceur printanière, voire la chaleur que je le préfère ; lorsqu’il est à la fois plus capiteux et plus assourdi. Moi qui aime en général plus tôt la verdeur et la fraîcheur, je me surprends un peu. C’est peut-être à cause de son caractère purement floral, dépourvu d’indole, de notes sales qui lui donne une espèce de pureté.




C’est là qu’on se dit que, peut-être, il y a une allusion à ces annonciations où Gabriel, lumineux, vient voir Marie un lys à la main. En tous cas, c’est un parfum qui, sans sombrer dans le joyeux ou guilleret un peu naïf, est profondément heureux, avec une sérénité presque voluptueuse. Un parfum qui semble également hors du temps qu’on imagine aussi bien sur l’une de ces fille-fleur de l’Art Nouveau que sur une douairière ? La douairière est beaucoup plus mon genre ? OUI mais Peu importe, un lys est aimable avec tout le monde…


les photos en arrière-plan sont de Robert Mapplethorpe


NB : j’en parle en mai parce que je le voulais absolument pour mon anniversaire que je ne pouvais m’imaginer passer avec un autre et qu’il est totalement en accord avec la saison, mais il peut se porter toute l’année en merveilleux souvenir ou magnifique promesse du plus beau des mois. Je recommande particulièrement de l’essayer aux amoureux des floraux qui veulent sortir des sempiternelles roses, éternels jasmins et fleurs d’oranger répétitives…


Un lys, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 1994.


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Commentaires

  1. Ces mots choisis, si évocateurs, quel délice de te lire, encore et toujours ! Ce parfum « soyeux et duveteux », il mérite donc une redécouverte. Les Christopher Sheldrake de cette période sont des beautés, merci de me rappeler celui-ci senti il y a bien trop longtemps. Sabine

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    1. Oui, oui, oui, oui! Il faut le redécouvrir. Il a fort bien vieillit et garde toute sa beauté qui ne devait rien à la nouveauté. Il est totalement hors du temps et de la mode.

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  2. J’ai récemment acquis fleurs de citronnier mais je dois avouer que un lys me fait de l’œil. Peut-être vais-je encore craquer…

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