Si vous aimez les parfums de clean girl qui sentent bon la fille propre et nette, bien soignée, habillée de neutres minimalistes et maquillée mais que ça ne se voit pas, Tabaquero donne un peu envie de dire « passez votre chemin » mais ce ne serait pas charitable, alors je vais plutôt dire « venez vous encanaillez ! » Anatole Lebreton, nous donne à sentir une ambiance louche et rétro, quelque peu décadente mais aussi passablement glamour qui invite à danser au bord du volcan.
La première bouffée nous saute au visage : un rhum épicé, très cannelle, versé généreusement, qui monte à la tête et la fait un peu tourné. Liquoreux et ambré, le parfum n’a pas l’alcool triste et solitaire, c’est une ambiance de bar surpeuplé, où l’on cause, où l’on flirt avec tout le monde, quelque peu grisé par l’atmosphère saturée de gnole et enfumée. Car très vite, la note de tabac qui donne son nom au parfum apparait, monte et sature tout.
Tabaquero sent le cigare, les volutes bleues d’une fumée nuancée d’immortelle et d’une pointe de vanille. C’est sombre, chaud et enveloppant, ça trouble les sens, transporte, pousse à dire et faire des choses que nous n’aurions peut-être pas dites et faites sans ce parfum qui nous fait entrevoir une Frenchy/Marlène entonnant « See what the boys in the backroom will have and telle them I’m having the same… »*
Tout le long du parfum, et Tabaquero dure longtemps, le rhum et le tabac vont jouer ensemble sans jamais vraiment se fondre l’un dans l’autre, ils préfèrent jouer ensemble, le tabac prenant parfois le dessus, le rhum ne s’en laissant pas compter… Ce jeu donne au parfum une grande part de son intérêt en le rendant toujours surprenant, certes, il semble homogène de loin mais quand on le porte, impossible de dire d’un ton catégorique qu’il sent ci ou ça ! C’est parfois l’un, parfois l’autre selon les moments de son évolution ou les conditions météo mais c’est toujours extrêmement joyeux et généreux.
Oui, c’est un parfum qui a un sacré caractère, qui débarque au milieu des « élégants » avec la voix cassée et l’œil quelque peu cerné, khôl ou fatigue ?, et qui en ce sens évoque un peu des choses comme Habanita, un certain mauvais genre capable de rire au nez de ceux qui voudrait imposer des apparences plus policées, une morale et une mode aussi étriquées et étouffantes l’une que l’autre. Mais c’est aussi un parfum très confortable, très portable dont l’originalité au milieu de créations qui se ressemblent toutes n’est pourtant pas excentrique ou choquante, dérangeante. Au contraire, il sait même se faire suffisamment doux que pour être, aussi, confortable et enveloppant, réconfortant. Le secret du parfumeur étant peut-être d’avoir voulu se faire plaisir et non de penser à plaire au plus grand nombre ou à la jouer provoc pour les plus pointus qui veulent se poser en s’opposant. (Mais qui est le public cible du coup ? Les femmes fatales ou les boys in the backroom au choix ! Bon, dans mon cas le daddy de la backroom mais ça marche aussi très bien.)
Parfum du soir, de la fête, il est aussi très beau le matin quand il explique les petites mines et les voix cassées par une soirée endiablée plutôt que par des angoisses nocturnes ou un début de grippe. Le seul souci que je pourrais avoir avec lui serait un contrôle routier : le « mais non monsieur l’agent, je vous jure que je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis Noël 2023… » risque d’être peu crédible. J’ai un peu envie de dire qu’il faut l’essayer, absolument mais… D’abord sur touche. Comme il est très présent, qu’il risque de rester sur les vêtements, Je ne conseille pas de le porter grandeur nature directement, même si c’est comme ça qu’il faut essayer les parfums. Mais il faut lui donner sa chance parce que cet accord, qui ne vous parle peut-être pas, est très aimable; c’est juste que vous ne l’avez probablement jamais rencontré. Alors, justement, foncez au lieu d'aller respirer une Xème vanille ou un ambré de plus.
Tabaquero, Anatole
Lebreton, 2026.
*Destry rides again, 1939.







Sur le papier, il n’a rien pour me plaire mais tes mots me font douter !!! Belette.
RépondreSupprimer