est-ce que les réseaux sociaux tuent la belle parfumerie ?



Il est de bon ton de se plaindre de l’IFRA et de ses règlementations, de blâmer les maisons et les grands groupes mais le problème ne se situe peut-être pas que là. Il y a quelques années, internet a permis grâce à des blogs et à des sites, je pense à auparfum par exemple, de faire connaître le parfum, notamment de niche, et d’en discuter comme d’une œuvre d’art. Quand j’étais jeune, avant internet, il n’y avait quasiment rien dans la presse. Seul Votre Beauté, qui m’a fait découvrir Annick Goutal ou l’Artisan Parfumeur dans les années ’80, parlait de parfum tous les mois, et en parlait intelligemment, les autres magazines faisait deux articles par an pour présenter les nouveautés en mettant en avant les produits des annonceurs. 


Les réseaux sociaux se sont emparés du sujet après les forums et ont contribué à la construction de communautés pouvant échanger sans fin sur des sujets qui ne semblait important qu’à elle seules. Au fur et à mesure, le sujet s’est professionnalisé et c’est devenu assez catastrophique pour plusieurs raisons. Certains vont dire que les influenceurs sont forcément des vendus qui ne pensent qu’à l’argent et à la gloire, point de vue qui n’est pas totalement faux pour certains mais qui est un peu réducteur et ne concerne pas tous le monde. Très honnêtement, je suis encore des tas de gens qui sont sincères et réellement passionnés.  Bien sûr, ils sont noyés dans la masse mais j’ai choisi de ne pas follower la masse donc le souci n’est pas réel pour moi. Est-ce que je me mets la tête dans le sable comme une autruche ? Peut-être.


Le problème vient en grande partie du format, selon moi, et des attentes du public. Je dis ça parce que ça m’agace un peu de voir critiquer les influenceurs tiktok sur ce qu’ils font alors qu’ils répondent principalement à une demande qui est une demande de rapidité et d’efficacité, plutôt paradoxale pour le parfum qui par définition est une chose qui n’est pas efficace et qui prend son temps.




Le premier souci est une vraie réduction de la palette. Il faut décrire vite, parler de note déjà connue qui ne doivent pas être expliquée et qui ne doivent pas conduire à l’essai en parfumerie qui demande trop de temps. Parfois, il semble qu’internet est le royaume de l’achat à l’aveugle, ce qui est très souvent une très mauvaise idée. Donc on se retrouve avec une multiplication de vanilles, ambres ou fleurs d’oranger, surtout rien de complexe ou abstrait (même si l’ambre est une construction, mais la plupart des gens l’identifient.) Mais quand on dit vanille, les gens sont contents, ils savent de quoi ça parle et il suffit de nuancer le propos par un adjectif de type « épicé » ou « crémeux » et le tour est joué. D’ailleurs en parlant de description, les notes doivent être de plus en plus identifiables mais aussi de moins en moins fluides parce que c’est trop compliqué. Les gens son tellement fiers de reconnaître tel ou tel passage qu’il faut le marteler, le rendre évident…


Mais on en arrive à des revues de plus en plus abominables qui nivellent vraiment par le bas. Je vois des gens que je suivais au début parce qu’ils étaient intéressants faire deux slides sur instagram avec 4 points notés sur 5 et une cote totale sur 20 qui dit si le parfum est bien ou pas. Odeur, sillage, tenue et flacon. Pas de description, juste trois notes ou, pire, une capture d’écran de la « pyramide » fragrantica parce que… pourquoi s’embêter plus ? Et zéro avis pertinent bien sûr. Avec une fausse sensation d’objectivité. Le premier bois ambré venu se retrouve avec une notation meilleure qu’un chef d’œuvre comme après l’ondée parce que celui-ci ne sent pas assez fort, pas assez longtemps et que son flacon standardisé n’est pas assez joli. C’est juste consternant.


Et bien sûr que tout ça influe sur la création. On ne peut pas reprocher au marketing de vouloir vendre, donc d’imposer la vanille que tout le monde aime et reconnaît et les bois ambrés qui diffusent et font tenir n’importe quoi en lieu et place d’une création originale, d’un truc un tout petit peu sophistiqué qui demanderait un minimum de culture. Déjà qu’il y a toujours eu une tendance à suivre des modes et à copier et recopier, c’est encore pire. Et je pense que nous sommes responsables en tant que consommateurs. C’est facile de dire que c’est tiktok mais est-ce qu’on est obligé de subir ?  On choisit qui on suit. On choisit à qui on met un like. On choisit ce qu’on poste en tenant compte ou pas de l’algorithme. Rien ne nous force à essayer de percer sur les réseaux. Rien ne nous empêche d’aller plutôt vers autre chose. (Déjà, si vous lisez ce billet d’humeur, vous êtes sur un blog qui vous demande un peu plus d’effort qu’un post instagram ou une vidéo tiktok.) Et rien ne nous force à acheter le parfum que tout le monde achète, souvent pour se distinguer d’ailleurs… Paradoxe de porter ce que tout le monde porte pour se sentir différent.




Est-ce qu’on peut s’en sortir ? Je l’espère. En tous cas, je continue à porter des choses anciennes et à trouver des nouveautés qui me plaisent. D’autant que, même si je fais ma princesse au petit pois, tout n’a pas à être un chef d’œuvre. Trouver un parfum qui nous plait et se vautrer dedans juste parce que c’est si bon… Pourquoi s’en priver ? 


Ne pas se soucier de ce que disent les réseaux sociaux et se désabonner de tout contenu qui nous énerve plus qu’il ne nous émerveille ou nous informe ? Plutôt deux fois qu’une.


Et vous ? Vous vous en sortez ? Vous vous énervez parfois ? Vous résistez comment ?


NB : j’illustre avec trois parfums que j’ai (res)sortis pour l’automne : Femme de Rochas, Must de Cartier et la nuit tombée de Serge Lutens. 


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Commentaires

  1. Je me désabonne si cela ne me correspond pas et je reste le parfum…peu d’achat à l’aveugle, trop peur de me planter et les notes ressenties peuvent différer d’une personne à l’autre, c’est assez personnel. Belette

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    1. C'est surtout qu'on met rarement les mêmes mots sur les mêmes choses qui fausse la donne selon moi. (Enfin, quand on a quelque chose à dire.)

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  2. Je suis très peu de monde de l'univers parfumé, enfin.....J'ai réduit au minimum, avec des gens qui me parlent réellement, pas qui m'annonce 3 notes et une tenue sur 10 et c'est tout et pas des gens qui présentent 10 parfums tous les 2 jours et qui les trouvent plus merveilleux les uns des autres ( comme la lessive qui lave plus blanc que blanc) et aussi des univers différents car je peux tout à fait trouver merveilleux un parfum à 20euros et peu réussit ou très commun un soit disant de niche à 300 ou plus, je veux du rêve, de l'émotion de la personnalité, puis faire moi même mon propre avis
    en quelques tamps le parfum est devenu LE TRUC dont il faut parler pour être "tendance" . D'ailleurs pour moi le mot "niche" à vraiment perdu de sa définition première avec cette production en masse, accessible au tout public (sauf le prix)

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    1. C'est un peu comme ces influenceurs skinkare qui ont chaque semaine une routine différente qui a réglé tous leurs problèmes et les a fait rajeunir de 10 ans (En six mois, ils devraient être retournés à l'état fœtal...)

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  3. Faire comme les autres pour être original: voilà l'absurdité totale.
    Une fille jeune sans tatouages qui porterait le 19 de Chanel voilà l'originalité!
    Un jeune homme qui ne serait pas habillé en noir (avec l'éternelle casquette vissée sur le crâne) qui porterait une jolie cologne Guerlain sortirait totalement du lot.
    Mais se forger ses propres goûts demande un peu de travail et surtout du courage.

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    1. Oh Mon Dieu, la dictature du noir, quelle horreur! Comme si nous devions perpétuellement être en deuil de nous-mêmes. Mais pourquoi les jeunes s'infligent-ils cela? Probablement parce que ça représente 80% de l'offre et que c'est plus facile de suivre...

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