memento mori

 


Toujours, j’ai aimé les memento mori (souviens toi que tu meurs) et les vanités. Dans une époque comme la nôtre où la mort est de plus en plus cachée, évitée, redoutée, ils me semblent nécessaire pour nous rappeler notre condition d’humain et l’accepter, n’en déplaise au mégalo de la tech qui espèrent vivre éternellement. La pensée de l’avenir est un peu moins angoissante quand on sait que tout a une fin et il me semble plus facile d’être dans le moment présent.




Pour moi, le lien avec le parfum est absolument évident. Si l’on met de côté l’aspect prière de la fumée qui monte vers les cieux, rien n’est plus impermanent que le parfum qui n’existe vraiment qu’au moment où il se meurt. C’est son évaporation, sa dispersion dans l’air qui le fait exister. A l’inverse de bien des formes d’art ou d’artisanat qui se conserve, seule sa perte lui confère de l’intérêt en révélant sa beauté. N’allons pas jusqu’à dire que mon parfum est une méditation matinale sur le caractère éphémère de la vie mais j’ai toujours vécu avec cette idée qu’il était un plaisir fugace, une beauté fragile, précaire, transitoire.




Notre époque qui élimine la mort de notre espace quotidien, qui refuse de l’évoquer en dehors d’un reportage sur les ventes de chrysanthèmes lorsqu’arrive le mois de novembre, prétend faire des parfums qui vivent presqu’infiniment sur la peau. La tenue est pour beaucoup un critère de qualité, il suffit de voir les posts sur les réseaux sociaux. (Ton chargé de mépris.) C’est bien sûr absolument ridicule, certaines senteurs ne tiennent pas et cela n’a aucun rapport avec la qualité des essences employées. Une odeur de citron, aussi belle et pure et concentrée soit-elle ne peut rester indéfiniment sur la peau.




D’ailleurs, c’était tout l’art du parfumeur de jouer avec les matériaux mis à sa disposition en créant des formes équilibrées, belles, qui évoluent harmonieusement dans le temps. Le siècle actuel semble vouloir de la performance te des formes presque figées qui semblent tenir indéfiniment à grand renfort de fixateurs. Je déteste cela. Non seulement, il y a de moins en moins d’évolution et, quand il y en a une, celle-ci est de plus en plus brutale, presque saccadée, mais on obtient des parfums qui sont de plus en plus durs, violents avec la présence des fameux bois ambrés qui font tant de mal à nos sens délicats. (Traitez-moi de princesse si vous voulez.)




Je vos avoue que je n’entre plus dans les parfumeries, fussent-elles de niche, ne prétendons pas qu’il existe encore une différence, tant leurs abords me sont devenus insupportables. On n’y sent plus que ce fond de bois ambrés, absolument générique, parfaite synthèse de ce qu’est la modernité (et la modernité est moche à sentir.) Il est impossible de découvrir la moindre senteur délicate tant elle serait étouffée par le vacarme olfactif ambiant qui assourdi et étouffe tout. Le culte de la performance nivelle, par le bas selon moi, uniformise là même où certains vont pour trouver de l’originalité.




Je ne peux m’empêcher de voir dans l’attitude des gens qui portent ce genre de parfums modernes au-delà de la volonté de séduire et de se créer une personnalité, quelque chose de l’ordre de l’agression, une forme de violence (virile et masculiniste ?) et du chien qui pisse pour marquer son territoire. C’est une abominable abomination que ce désir d’être invincible et immortel. Cela me paraît aussi laid que vaniteux. Bien sûr, cette tendance est aussi marquée du sceau de la vulgarité capitaliste qui veut que chaque sou dépensé rapporte le plus possible et méprise souverainement le Beau puisque seul le profit compte. Il n’est donc pas étonnant que l’un des parfums les plus emblématique de cette tendance, le bien nommé et c’est là son seul mérite, Sauvage, soit l’enfant chéri né au sein de groupe LVMH.


Par pitié, revenons-en à la poésie de l’instant présent.




PS : moi-même, il m’arrive de porter des parfums très tenaces parce qu’ils peuvent aussi être beau et gracieux mais c’est quelque chose qui fini toujours par me gêner. Cela à commencé avec Shalimar dans les années ’80 qui résistait au lavage et dernièrement j’ai été dérangé par Tabac Tabou de parfum d’empire, qui ressortait encore après deux passages en machine et finissait par prendre le pas sur le parfum du jour. (Je n’avais pas réalisé que le parfum tenait encore.)  Vous me direz que le problème ne se pose pas pour ceux qui n’ont qu’un seul parfum, mais il n’est pas très différent, l’accumulation de notes de fond finissant par déformer la forme générale.


Commentaires

  1. Très bon article ! Merci beaucoup !
    Ariane

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  2. Absolument d'accord même si je regrette la limitation de l'utilisation de la mousse de chêne qui donnait une certaine tenue même aux colognes sans avoir besoin de tonnes d'ambrofix.

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    1. Oh, oui, c’était fort joli la mousse de chêne et je regrette aussi les eaux chyprées qui étaient de vrais parfums, frais avec de la tenue, et une belle solution créative, pas juste un ajout de fixateurs. Certains on vraiment réussi à maîtriser les muscs blancs et à faire de belle choses: je pe,se à Isabelle Doyen chez Annick Goutal ou à Daniela Andrier et à son travail pour la ligne infusion de Prada…

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  3. Merci pour cette lecture intéressante. Belette.

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