LVMH nous refait le coup de Miss Dior avec l’Heure Bleue. En flanker prend le nom du parfum qui se trouve relégué à l’arrière-plan sous l’appellation l’Heure Bleue 1912. Aurons-nous droit au même tapage publicitaire visant à nous faire croire qu’en achetant la version réinventée par Delphine Jelk, nous portons un parfum patrimoine comme c’est le cas chez Dior ? Est-ce aussi le fond des tiroirs qui attend le parfum de Jacques Guerlain parce que c’est la nouveauté qu’il faut montrer, exhiber et vendre ?
Dans une certaine mesure, je peux comprendre le raisonnement de boutiquier âpre au gain obsédé par les bénéfices immédiats. Mais je constate surtout la terrible ironie qu’il y a de la part d’un groupe qui met sans cesse en avant « le patrimoine » pour justifier les tarifs et susciter un attachement presque patriotique aux marques parce que ce serait la grandeur de la France et bla bla bla à massacrer le patrimoine en le réécrivant. Même si l’Heure Bleue est encore en vente (mais pour combien de temps ?), je ne peux m’empêcher de ressentir une angoisse, une déception et un sentiment de trahison.
Combien de gens à Noël vont être déçu et se dire face à leurs proches qui leur ont acheté leur parfum dans une si joli flacon, plus moderne, plus beau « mais tu ne m’as pas acheté mon parfum ? alors tu ne vois même pas la différence ? tu penses réellement que c’est ça mon parfum ? » Combien de gens iront sentir l’heure bleue et seront déçu de ne pas retrouver le souvenir d’une personne aimée ?
L’heure bleue, c’est l’un de ces rares parfums héritage, qu’on porte de génération en génération. Souvent, une mère ou une grand-mère le portait et souvent une fille en vole un peu, de temps en temps, avant de s’acheter son propre flacon. Le faire disparaître, le cacher derrière un autre, c’est mettre fin à ces histoires, ces transmissions. Les parfums du patrimoine ne sont pas l’apanage des marques, ils sont le patrimoine de ceux qui les portent, les chérissent et qui n’ont rien à dire. Et puis un beau jour, abandonné par une marque, ils vont voir ailleurs. Ils se réinventent pour ne plus souffrir. Mais une blessure reste. Un ressentiment.
Peut-être que le boutiquier s’en rendra compte un jour et qu’il comprendra pourquoi tout le monde le déteste, le méprise.
PS : avec ce genre de chose, c’est aussi le mythe du parfum signature qui se meurt un peu plus.

Oui, c'est profondément déprimant. Surtout ne pas s'attacher à un parfum. Qu'il soit "signature" risque d'être une grande déception lorsqu'il disparaitra. Et je ne parle pas que des classiques. Certains jolies marques peuvent disparaitre un beau matin sans crier gare. Institut Très bien en est le parfait exemple. Une amie qui avait fait de Cologne à la russe son parfum signature en pensant être à l'abri car il s'agissait d'une marque récente.
RépondreSupprimerJe parlais donc de la marque lyonnaise Institut très bien.
RépondreSupprimerOh qu’elle était belle cette cologne… (J’en ai encore quelques gouttes dans un flacon) À la limite, les marques récentes sont destinées à disparaître encore plus vite que tout le reste. J’ai l’impression qu’elle font de plus en plus office d’expérimentation et que si c’est ok un grand groupe va les racheter et leur permettre de vivre, sinon, si le démarrage n’est pas assez fulgurant, on les dégage vite fait! Pourquoi ne pas lancer tout une marque plutôt qu’un parfum dans le fond? (Question purement réthorique, je trouve cette rapidité affolante et désolante. Plus rien n’a le temps de s’installer et de devenir classique. C’est consternant et appauvrissant.)
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