Il n’est pas impossible que je fasse une petite fixation sur le tabac. Comme note parfum, je n’ai jamais fumé de ma vie et n’en éprouve aucune envie même si le sillage d’un cigare parfumé peut-être une chose tout-à-fait enivrante à rebours de l’abominable cigarette. C’et amourette est relativement récente et je ne sombre point dans l’obsession. Alors que je peux multiplier les encens ou les jasmins, je vis très bien avec trois tabacs et n’ai même pas l’envie de m’enquérir des nouveautés du genre, ce qui ne vous surprendra point, ni même des classiques du genre, ce qui est ma foi, beaucoup plus étonnant.
A vrai dire, c’est une obsession saisonnière, je trouve la volute de tabac très séduisante et facile à porter dans la chaleur. Alors que celles de l’encens me séduisent beaucoup moins. Le tabac est-il à l’encens ce que la fleur blanche est à la fleur ? Possible…
Chergui (Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 2001) est le premier que je dois mentionner car c’est le plus facile à porter. Assez monolithique, il enveloppe le tabac de notes florales et le couche sur un fond de santal et d’ambre miellé qui en font un parfum soyeux, discrètement poudré. Sa construction sophistiquée qui dissimule la profondeur sous une apparence lisse est brillante est assez classique et c’est ce qui le rend facile à porter. Chergui sent « le parfum. »
Tabaquero d’Anatole Lebreton (2026) enveloppe aussi son tabac mais son rhum-cannelle le place d’emblée dans une ambiance moins soyeusement élégante de bar un peu louche et très enfumé de film noir. Capiteux, le parfum sent bon la nuit trop courte avec cette touche de glamour à l’ancienne qu’on aime bien. Un peu moins poli, c’est un parfum dont on sent assez vite qu’il n’hésitera pas à vous envoyer au diable. Est-il facile à porter au bureau ? Pas vraiment, ce n’est pas le but. (Mais ma collègue trouve que je sens très bon quand je le mets… et je n’ai aucune envie de sentir «le bureau.»)
Tabac Tabou (Marc-Antoine Corticchiato pour parfum d’empire, 2015) est celui que j’ai possédé en premier et que j’ai mis du temps à porter. Plus naturel, dans la mesure ou il met en lumière la senteur tabac sans chercher à l’habiller, que du contraire, il est plus radical. La note de foin est très présente, et toute la senteur est d’une belle sècheresse qui n’a rien d’austère. Par temps très chaud, l’immortelle est très présente avec une nuance un peu curry qui peut surprendre, mais elle reste une choriste qui ne vole pas la vedette au tabac. C’est très beau mais sans chercher à plaire. L’entourage appréciera ou non. Mais la vraie question est peut-être « apprécions-nous notre entourage ? »




Il existe différents tabacs chez Caron mais je ne les connais pas.
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