chergui, serge lutens

 


Il y a chez Serge Lutens, une fascination pour l’Orient et pour le monde arabe qui je l’avoue ne me parle pas beaucoup. Je trouve que cela donne souvent de fort beaux parfums, certains des parfums les plus importants de la maison, ce qui est fort logique puisque la parfumerie arabe est historiquement très importante, indispensable à notre parfumerie, de même que la culture arabe a été un apport majeur à toute la culture européenne qui eut été bien plus pauvre sans elle, mais c’est en général une inspiration qui ne m’intéresse pas beaucoup, à tort quand on prétend s’intéresser au parfum, tout simplement parce qu’elle ne me correspond pas, n’est pas ce que j’ai envie de porter. Même si j’adore sentir certains de ces parfums sur d’autres. Chergui dont le nom désigne un vent marocain est un peu une exception, un de ces parfums que je porte avec plaisir même s’il m’a fallut du temps pour l’apprécier et m’en emparer. (Mais souvent, ceux que j’ai mis du temps à aimer sont ceux que j’aime le plus et qui me comblent…)

 



Ce qui caractérise le parfum, c’est véritablement sa complexité qui le rend très changeant, mais toujours reconnaissable. Difficile de le ranger dans une case, de le décrire. Il est tour à tour, ou simplement par moment une odeur de foin, de miel, d’ambre, un sillage floral légèrement poudré… Le plus souvent, cependant, Chergui est surtout un tabac, sombre et doux, qui caresse la peau. Tout est en rondeurs dans ce parfum qui n’a ni violence, ni angularité et aucune lourdeur car le parfum, contrairement à ce qu’une liste de notes un peu lourdes et indigestes pourrait faire croire est fort délicatement ciselé et joue sur les transparences. Oui, les reformulations l’ont aidé même si certains trouveront qu’elles l’ont affadi, je trouve personnellement qu’elles l’ont amené à une espèce de perfection, ce point d’équilibre où il n’y a rien à ajouter et rien à retrancher.

 



Je le trouve très facile à porter en été, il aime la chaleur, il l’invoque et c’est avec elle qu’il donne le meilleur de lui-même. A vrai dire, et c’est une partie du génie du parfumeur, c’est un parfum qui ne donne pas réellement la sensation du voyage au Maroc dans un voyage organisé par Thomas Cook, plutôt celle de la visite d’une exposition rétrospective des orientalistes au Louvre, voilà qui explique probablement que son dépaysement me semble terrain familier.

 

À porter pour relire la mille et deuxième nuit de Théophile Gautier.

 

Chergui, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 2001.

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Commentaires

  1. C'est important de savoir apprécier les parfums qui ne nous correspondent pas et de les différencier.
    Je n'ai jamais porté Kouros parce que ce n'est vraiment pas dans mes goûts mais j'avoue que j'ai aimé le sentir sur d'autres (aujourd'hui il est beaucoup moins porté). En revanche je ne porte pas Invictus car il ne me correspond pas mais surtout parce que je le trouve laid.

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  2. Invictus, sa seule qualité, comme pour beaucoup d’autres actuellement, c’est sa puissance ajoutée à une invraisemblable ténacité. Ce ne sont clairement pas mes critères et en je le trouve moi aussi assez laid, bien que ce soit peut-être parce que je me sens agressé par ses bois ambrés qui me sont douloureux comme un ongle que le maître d’école fait crisser sur un tableau noir…Enfin, puisqu’on paye pour voir des films d’épouvante, pourquoi pas? JE suppose que nous aimons tous parfois nous faire du mal, d’une façon ou d’une autre? Ou alors en faire aux autres? (Mais je préférerais porter une tubéreuse complètement hystérique alors!)

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  3. J’aime lire ta façon de décrire les parfums. Belette.

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  4. Coucou :) "Chergui", je trouve que c'est le parfum de Serge Lutens qui change le plus, d'une année sur l'autre.
    Mes versions préférées sont celles où on distingue presque la rose et l'iris, dans l'ombre d'une bonne facette d'absolu foin (et de genêt ... un peu comme dans "Dune" vintage). Et puis ce bois de santal... J'ai peur de l'utiliser, car je crains de siphonner mon flacon trop vite.

    J'ai repéré que "Ambre sultan" c'était énormément amélioré depuis 2024 (batch code 4.....), pareil depuis 2023 (3.....) pour "Fleur d'oranger" (beaucoup plus de néroli et d'absolu, quasi plus de cumin décelable) et Féminité du bois (a signature du cèdre de l'atlas est bien là, la violette façon bonbon anglais, et une ouverture de linalool de bois de rose). Bref, il y a effet de ruissellement de la bonne qualité des rééditions au Palais-Royal jusqu'à la gamme normale. Donc j'ai de l'espoir pour Chergui. Mon dernier repère temporel est l'époque, où la concentration "confit" est sorti. L'EDT de Chergui et Ambre sultan n'étaient pas en bon état (le côté dilué, et hors sujet). Par contre les versions "toison" étaient toutes très jolies.

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    1. Oui, Serge Lutens n'a jamais fait mystère des reformulation et parfois on peut même préférer des versions récentes aux anciennes. Comme si le tir était ajusté et le résultat plus abouti... Mais de façon générale, c'est une maison qui a un vrai souci de qualité. Un marketing incompréhensible, une politique de prix délirante, certes, mais laissons lui ses qualités!

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