avril 2025
Le printemps est là, les fleurs continuent de nous réjouir,
tout particulièrement les lilas et les seringas qui embaume l’atmosphère à
Bruxelles, et particulièrement ma terrasse, ce qui rend le fait de pouvoir
mettre sécher le linge dehors encore plus délicieux ! Le linge qui sèche,
tente de sécher plutôt, à l’intérieur parce qu’il pleut, quand on vit en
appartement, c’est un peu pénible donc oui je guette sur l’application météo
avec angoisse le temps qu’il fera le jour de la lessive, soyez les bienvenus
dans ma vie glamour. Mais il y a aussi les érables du Japon qui font à nouveau
des feuilles, si fins, si élégants, si délicats qu’il n’y a que les barbares
pour ne pas les apprécier. Avril fut un mois éprouvant pour nos nerfs mais il y
a eu de jolies consolations.
J’avoue avoir été monstrueusement et très futilement
matérialiste : en avril, j’ai beaucoup trop dépensé à des choses inutiles
mais j’ai des excuses aux trous dans mon budget : il y a beaucoup
d’anniversaires et même le mien qui s’annonce et j’avoue que ça me sert
d’excuse pour me passer plein de petits plaisirs. En même temps, j’ai déniché
(sur Notino où il faut régulièrement regarder pour ne pas passer à côté d’une
bonne affaire), pour 120€, 100ml d’un santal de Serges Lutens, avouez que je ne
POUVAIS PAS laisser passer l’occasion. Ça me fera un parfum pour l’hiver, c’est
très bien.
Malgré tout, c’est dans les vieux flacons que… Mon petit
bonheur, totalement hors saison, en avril, je devrais aimer les fleurs en
principe, a été l’Ô de Lancôme dans sa version actuelle, oui, j’ai aussi une
version ancienne mais l’actuelle est vraiment agréable et je n’avais pas envie
de me prendre la tête. J’ai fait une rhino-pharyngite assez spectaculaire et je
ne supportais plus rien, il me fallait de la légèreté, l’air du temps semblait
certains jours à l’été, bref, les circonstances étaient réunies pour une eau
chyprée et ce fut elle. Je l’ai vraiment redécouverte, la trouvant plus
aromatique, un peu verte, qu’hespéridée, ce qui n’était pas pour me déplaire.
C’était le seul parfum qui ne m’oppressait pas, ne me faisait pas tousser, ne
me donnait pas la nausée, mais j’ai continué à le porter juste parce qu’il me
plaisait tellement ! S’il faut en tirer une conclusion morale, c’est que
je devrais arrêter de surconsommer et profiter de ce que j’ai. (La philosophie
dans le flacon, moi-même, bientôt dans toutes les bonnes librairies.)
En vrai, pour me remettre en cause, j’ai lu les riches
contre la planète, violence oligarchique et chaos climatique de Monique Pinçon-Charlot
qui est absolument déprimant et fais détester encore plus le capital et le
libéralisme effréné qui nous envoie dans le mur, mais cela ne m’empêche pas d’être
lucide et de regarder ce que je fais moi-même si acheter deux flacons de
parfums qui enrichissent un peu plus les riches et fait un peu de mal à la
planète est moins pire que ce que les riches nous font et nous poussent à
faire. (Soyons honnêtes, si nous surconsommons, c’est aussi parce que tout est
fait pour nous y pousser.)
Pour compenser cette lecture de détestation des classes
aisées de l’entre-soi, j’ai (re)lu et (re)lis encore Sodome et Gomorrhe dans
lequel marcel Proust théorise, parle d’amour (assez mal, d’ailleurs, avec
beaucoup trop de masochisme) et continue à être fasciné d’une façon presqu’amoureuse,
par ces quelques élus du monde qui règnent sur la société. Marcel aime mais
égratigne déjà, de façon assez jouissive les duchesses et les cocottes,
épinglant des ridicules, affichant une profonde bêtise sous les mots d’esprit
avec drôlerie mais sans méchanceté. Et puis il y a le retour à Balbec. On
célèbre toujours à l’ombre et oubliant ce volume, peut-être parce que ceux qui
brandissent Proust pour nous vendre la côte normande sont d’infâmes marketeux
qui n’ont pas eu le goût d’aller jusqu’au bout de la recherche ? Ils ont
bien tort, c’est délicieux de retrouver le bord de mer, de prendre le petit
train, même si c’est pour aller chez l’insupportable Verdurin. Et je dois bien
avouer que j’ai une profonde affection pour la marquise douairière de Cambremer
transportée d’enthousiasme à l’idée qu’un jeune homme moderne apprécie Chopin.
(On dirait moi lorsqu’une jeune fille me dit aimer le N°5.) On ne dira jamais
assez à quel point la lecture de Proust est une délectation…
De façon assez surprenante, un très bon moment en avril a
été un jeu de société. Alors que je ne suis absolument pas sociable et que je
déteste jouer. Il y avait l’ambiance probablement et le jeu en lui-même,
Hitster, qui consiste à reconnaître des chansons et à les placer sur une ligne
du temps avec divers degrés de difficulté. Il y a eu plusieurs parties, dont
certaines étaient de la pure triche où tout le monde aidait tout le monde parce
qu’on s’en fout de gagner, on veut s’amuser. Jouer comme ça et faire gagner
quelqu’un d’autre me va très bien. (J’ai vraiment zéro esprit de compétition et
je trouve ça très bien.) Le jeu est bien, mais ce qui compte aussi, ce sont les
autres…
Et moi ? Moi, je ne suis pas à la fête. Je me rends
compte en regardant avril que je n’ai pas eu tellement de petits plaisirs. J’ai
le souvenir d’un mois où j’ai couru, me suis agité, dépensé, essayé de faire ce
qu’il fallait, mais en réalité sans avoir eu le temps de me poser, de me reposer,
de penser à moi, égoïstement. (Alors qu'en général, je suis assez doué en égoïsme.) Le luxe dont j’avais besoin, ce n’était pas un
flacon de parfum, c’était du temps… En sommes-nous tous là ? Aurions-nous tous besoin de vacances ?
Et bien BONNES VACANCES! (et bon sommeil d'ici là #vœuxpieux)
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