Ce parfum est une diva. Une actrice plus toute jeune, au sommet de son art, qui a su tirer du rôle qui lui était donné toutes les nuances possibles. La critique est dithyrambique et le producteur Serge Lutens est ravi de refuser des gens à l’entrée.
L’iris est d'abord carotte, jeune et fraîche, potagère, un peu
verte, il se fait poudre, crème, beurre boisé, scintille, brille comme une star
dont la caméra est amoureuse. Toutes les nuances sont là, se succèdent se
bousculent, tout en étant suffisamment ramassées pour offrir une composition
uniforme, qui raconte une histoire cohérente. La fluidité du parfum, en dépit
de la rapidité des évolutions en donne une image unie de beauté froide, reconnaissable entre
toutes, alors que le sujet aurait pu donner quelque chose de très générique,
une simple matière première, et le traitement mener à quelque chose de chaotique.
Iris Silver Mist est un monument, un chef d’œuvre qui oppose
aux modes son visage de sphinx méditatif qui contemple l’univers et ses secrets,
une beauté infinie, infiniment scrutée, mais qui conserve toujours sa part de
mystère. Certes, il y a de la vie, de la vivacité dans ce parfum,
particulièrement dans les notes de départ, mais il reste toujours sur la
réserve, cultivant une certaine mélancolie, infiniment sereine sans laquelle il
n’y aurait pas de vraie beauté.
Peut-être que cette fêlure dans la composition, c’est moi
qui l’invente, qui la place là où elle n’existe pas, peut-être le parfum est-il
parfait. Mais sa grandeur majestueuse, sa richesse qui ne compte pas, tout est
témoins d’une autre époque, d’un temps révolu, où l’on ne comptait pas et où l’argent
dépensé l’était au seul service de l’Art et non des signes extérieurs de. Il se
porte comme un manteau de sacre ou la dignité solitaire d’un souverain qui
aurait abdiqué. (Revoyez la Reine Christine pour comprendre, surtout le plan
final.)
C’est un must have, l’un de ces rares parfums qu’il faut
avoir senti au moins une fois dans sa vie, pour savoir ce qu’est l’iris, dont il pourrait être l'alpha et l'oméga, ressentir à quel
point une matière peut être multiple, ouvragée, travaillée, sertie et avoir un aperçu
d'un temps plus glorieux où la parfumerie de niche avait un vrai propos.
Iris Silver Mist, Maurice Roucel pour Serge Lutens, 1994.
Il est absolument magnifique. J'ai eu la chance de le sentir une fois et j'en garde beaucoup d'émotions. Hélas hors de prix ...
RépondreSupprimerEtant donné la beauté de la matière et son prix, c'est l'un des rares dont je peux sereinement défendre le prix en trouvant qu'il s'explique et se justifie, même si cela ne le rend pas plus abordable. Disons que, allié à sa position unique, je pourrais renoncer à d'autres, avoir moins d'iris, moins de parfum, mais posséder celui-là… (Facilement, je lui céderais bas de soie, le N°19 et la plupart de mes parfums "exclusifs") Alors que souvent, je suis plutôt du genre à dire qu'il vaut mieux ne pas acheter, un Art et la Matière chez Guerlain, par exemple, mais s'offrir un Mitsouko ou une Heure Bleue. Mais je suis d'accord, le prix fait mal...
SupprimerJe le vois un peu comme une pièce de haute joaillerie. C'est un diamant brut au départ, taillé à la perfection.
RépondreSupprimerAvec cette différence que Maurice Roucel a génialement su lui garder des facettes brutes, tout n'est pas parfaitement taillé, parfaitement poli, ce qui le rend encore plus merveilleux. (Trop de sophistication l'aurait rendu un peu plus banal ou, à tout le moins, un peu moins unique, je pense.)
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