froideurs

« à force que l’ombre en soit par vous agitée elle voudra s’incarner… »

Marcel Proust, lettre à Robert de Montesquiou, 1er mai 1894.

La fougère, ce classique pour homme, c’est le mariage plus ou moins arrangé de notes aromatiques fraîche sur un fond chaud. C’est une mélange propre-sale qui évoque souvent irrésistiblement une ambiance de savon à barbe plus ou moins chic. C’est LE parfum masculin par excellence dans l’inconscient collectif. Van Cleef & Arpels pour homme pourrait être rangé dans cette catégorie, mais la transcende habillement.

L’union célébrée est ici celle de la lumière et de l’obscurité sur un registre qui reste élégamment froid. Le départ n’est pas joyeusement frais, le fond n’est pas bêtement sensuel. Les notes se fondent de manière particulièrement réussie et le parfum pourrait presque sembler linéaire tant son évolution est fluide. Il a tout d’une soie froide qui glisse et refuse de se laisser saisir. (Tous ceux qui ont un jour tenté de coudre de la soie comprendront.) 

L’harmonie « gin et cuir » renvoie à un cynique personnage de film noir dont on ne sait décider s’il est un bon ou un méchant. Imperturbable et blasé, il est très séduisant parce que très élégant et terriblement mystérieux. Qui n’aime pas envisager le pire quand les apparences sont si lisses ? (Certes, il n’a probablement en tête que « est-ce que ça se sent que j’ai mangé de l’ail à midi ? » et « Il ne faut racheter du PQ en allant faire des courses après le bureau » mais merci de ne pas briser nos rêves !)

(Comme tous les parfums si « masculins, » celui-ci est bien sûr bien plus joli sur une femme.)

Van Cleef & Arpels pour Homme, Louis Monnet pour Van Cleef & Arpels, 1978.

NB: il est ici question d'une version ancienne.


Commentaires

  1. Je ne le connais pas, le parfum de Gainsbourg.. Est ce que ca colle avec le personnage?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout à fait: pas net mais en costume Yves Saint Laurent!

      Supprimer

Publier un commentaire