Je n’ai pas osé dire à la vendeuse qui me tendait un échantillon en me disant « c’est le best seller de Maison Crivelli » avec une dévotion qui ne pouvait que me faire penser que c’était un cadeau particulièrement précieux qu’elle me faisait que je n’en avais rien à faire, la maison en question étant l’une de celles, trop nombreuses, que j’avais décidé d’ignorer parce qu’on ne peut pas s’intéresser à tout et que le storytelling me laissait de marbre. Si je n’ai rien dit, c’est un peu parce que j’ai été bien élevé, un peu par facilité et un peu parce que je me dis toujours qu’il faut y aller, on ne sait jamais, je pourrais passer à côté de quelque chose de fabuleux et ce serait bien bête.
Le départ, fruité et acide, presque vert annonçait quelque chose qui pouvait me plaire, pas totalement nouveau mais transposé dans un genre exotique qui pouvait s’avérer intéressant. Asse vite, j’ai été dérouté par le bouquet floral. J’admets que je ne suis pas un spécialiste de l’hibiscus, mais ça me semble rosé et surtout confus. Non, pas abstrait comme ces antiques parfums que j’aime tant, mais brouillon. Mais peut-être est-ce le fond qui remonte très vite qui me perturbe.
Parce qu’il faut en parler de ce fond. C’est moderne. Concevez bien que quand je dis ce mot de moderne, j’y mets tout ce que je peux de mépris, de morgue et de dégoût pour de vilaines notes sèches qui pulsent et agressent l’odorat malgré une présence vaguement gourmande et vanillée (pour étouffer l'affaire?) Ça présente deux qualités qui expliquent que le parfum soit populaire : une tenue à toute épreuve et une diffusion titanesque. Ça devrait être interdit, au moins aux abords des écoles et des hôpitaux. C’est insupportable. Une occasion de me souvenir que populaire et vulgaire peuvent être bons compères et de rester éloigné de Maison Crivelli.
Hibiscus Mahajád, Quentin Bisch pour Maison Crivelli, 2021.




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