jours verts

 


Mais comment vivent ces gens qui n’ont qu’un (ou deux) parfum(s) ? C’est une question purement théorique, je ne veux bien sûr pas connaître la réponse. Qu’ils sachent juste s’ils me lisent que je suis plein de compassion à leur égard mais pas au point de partager leur peine ni mes flacons. Pour moi, c’est une question de nécessité. En ce moment, ma santé mentale exige du vert parce que j’ai viscéralement besoin de sentir le printemps. (Il est parfaitement incompréhensible que la sécurité sociale intervienne pour des antidépresseurs et pas pour le parfum.)

 



Autre impératif : des jours de migraines qui se sont succédé. Un fond de mal à la tête constant, bien sûr, et puis ces moments, principalement en fin de matinée dans mon cas depuis toujours, où le bruit et la lumière sont insupportables, où je ne peux rien faire que gire dans une pièce calme et obscure. Quoique les odeurs ne m’aient pas vraiment dérangé, je n’ai pas osé me parfumer et je ne reviens à la vie que par des senteurs discrètes, délicates. Et vertes.

 



L’eau de Merzhin d’Anatole Lebreton est PARFAITE. Tout en délicatesse, aqueuse façon ruisseau qui serpente entre les herbes, une touche de poudre apportées par des fleurs délicates, c’est très poétique et en transparences avec un aspect joyeux et lumineux. Un parfum pour soi. (Mais avec une excellente tenue qui m’a encore surpris : sur les cheveux, sur les vêtements, le parfum tient plus longtemps qu’on ne l’espère d’un vert, famille à tort réputée sans tenue. Peut-être la réputation vient-elle par association avec les hespéridés, l’autre grande famille « fraîche et naturelle » même si je suis d’avis que les deux familles n’ont vraiment pas grand-chose en commun.

 



Mal Aimé de Parfum d’Empire, c’est autre chose. Même si l’hommage aux mauvaises herbes présente beaucoup de note commune avec Merzhin, c’est un parfum plus dense, plus riche, en partie parce que la racine d’iris y est plus beurrée que poudrée, qui impose le sacré caractère de la verdeur. C’est une poésie différente, moins romantique et plus fauve, qui impose la saturation de cette belle couleur verte et rappelle, peut-être, que l’émeraude est la pierre de Lucifer ? Derrière son aspect très « campagnard » le parfum est très chic, très élégant, mais c’est l’élégance décontractée d’une belle chemise blanche, impeccable, mais portée avec nonchalance.

 



Rien à voir avec l’élégance très habillée du Vent Vert de Balmain, version Germaine Cellier, le premier à avoir fait la part si belle au galbanum, le vert historique, très chic, qui marie l’herbe aux fleurs froides. Vent Vert, le parfum qui giflait, claquait, mais avec tant de charme et d’aplomb dans son impertinence chic que je ne pouvais malgré tout que l’aimer. Ce fut l’un des parfums de mon adolescence, aimé sans réserves ni conditions, un parfum auquel j’aurais pu être fidèle s’il n’avait été défiguré, trahi, assassiné par Calice Becker qui, par sa reformulation, a détruit une partie de ma vie et fut l’une des premières contributrices à ma transformation en reine de cœur qui réclame qu’on coupe des têtes. Trente-cinq ans plus tard, je refuse toujours de lui pardonner et continue de la vouer aux gémonies parce que je souffre encore. Oui, les amoureux des verts sont tout autant des drama queens que les divas chyprées ou ambrées…




Commentaires

  1. Je regrette tellement Vent Vert …

    RépondreSupprimer
  2. Et l'ancienne Cologne de Mugler...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alors, elle ne m'a jamais touché. C'était joli et bien fait mais... Non, pas pour moi.

      Supprimer
    2. Tout est si beau chez toi

      Supprimer
  3. Bonjour Dominique, mon plus beau parfum vert est un jus violet qui cache bien son jeu. Il s’agit de De profundis de Lutens. Ce sont des tiges de chrysanthèmes et de glaïeuls fraîchement coupées. Et un encens froid qui les entourent. Ariane

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je lui tourne autour depuis longtemps mais je reste très fidèle à mon Bas de Soie chez Lutens et son merveilleux accord iris-jacinthe si hautain. Mais je sais que je finirai par passer à l'acte.

      Supprimer
  4. Il faut nous rendre le "Vent Vert" et le "Monsieur Balmain" de Germaine Cellier qui était l'un des nez qui a le mieux travaillé la verdeur!
    Pour fêter le retour du printemps j'ai ressorti deux eaux chyprées que j'aime beaucoup (plus que l'"Eau de Rochas", l'"Ô de Lancôme", l'"Eau Dynamisante" de Clarins que je trouve néanmoins toutes très belles): l'"Eau de Guerlain" et son départ acide/amer et l'"Eau Fraîche" de Léonard (vilain flacon mais celle qui me semble la plus chyprée et tenace de ce genre).

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire