c'est vers lui que mes yeux se tournent...

« Le souvenir de ces robes déjà démodées alors, que Madame Swann était peut-être la seule à ne pas avoir encore abandonnées et qui nous donne l’idée que la femme qui les portait devait être une héroïne de roman parce que nous, pour la plupart, ne les avons guère vues que dans certains roman d’Henry Gréville. »

Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, à l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1913.
Oscar de la Renta et Oscar par Oscar de la renta


Jadis, Oscar s’appelait tout simplement Oscar de la Renta. Je ne sais pas à quel moment il est devenu Oscar de Oscar de la Renta, mais peu importe. Ce parfum est mon obsession du moment. J’accumule les flacons, les versions, et c’est assez simple parce qu’on le trouve facilement pour pas très cher… Quand il est né en 1977, il jouait sur le revival, le rétro comme beaucoup d’autres de la même époque. (Pensez à l’univers d’Anaïs-Anaïs ou à Ombre Rose de Jean-Charles Brosseau.) L’Art Nouveau était à la mode, tout le monde aimait à nouveau ses courbes, sur le bureau laqué de blanc, les jeunes filles en fleurs rêvaient de poser une lampe Tiffany. Oscar de la Renta jouait sur ce thème, non pas à travers un flacon 1900, mais en reprenant le thème de l’Origan de Coty, ce qui fait de lui un cousin, certes beaucoup plus jeune, de l’Heure Bleue.
Il existe encore une poudre pour le corps absolument délicieuse pour l'amateur de senteur poudrée.
En revanche, vous pouvez oublier la crème corps fort peu intéressante même si agréable.

Le départ est aromatique, coriandre et anis, et le cœur intensément floral, très tubéreuse-jasmin et œillet. Dans les versions anciennes, les épices très présentes contrebalancent l’effet floral. Aujourd’hui, il est plus soyeux, doux, nettement moins épicé, mais le bouquet est toujours aussi lié, abstrait ne donnant à voir que des nuances de fleurs, par instant, à ceux qui lui prêtent attention, et non en nous imposant des séquences bien marquée ou chaque fleur viendrait parader et se faire reconnaitre. (Que je n’aime pas cette mode faite pour les « amateurs de pyramides », ces gens qui ne sont contents que lorsqu’ils peuvent identifier chacune des notes de la description et mettre des mots en perdant totalement du vue l’ensemble de la composition.) Le fond était plus riche, plus oriental qu’il ne l’est. Plus boisé, il sait cependant rester doux et poudré, joliment musqué.


Oscar de la Renta, quelque part entre le bal Proust de Marie-Hélène de Rothschild et l’inauguration du musée d’Orsay, regarde en arrière. Pourtant, ce n’est pas un parfum à rebours. Une certaine légèreté, une transparence un peu synthétique le différencie d’un parfum historique comme l’Heure bleue dont il n’a pas les notes encaustiquées, lourdement vanillées, que j’adore. Il perd un peu en sensualité, se fait moins cocotte. Il est bien plus mondaine que demi-mondaine pour tout dire. Mais ce serait injuste de garder la comparaison perpétuellement à l’esprit ; si on l’envisage pour lui-même, Oscar est un beau parfum, sentimental sans être niais. 


J’aime le porter pour rester chez moi, le soir, en vacances, je pourrais tout à fait m'imaginer suivre les conseils de Christian Dior et le vaporiser sur les rideaux tant je me sens bien dans son atmosphère. J’ai un peu de mal à l’imaginer au bureau, une bonne raison supplémentaire de le porter. (Qui a vraiment envie d’un parfum qui crie « compétent » ? Moi, je dirais personne !) Oscar est confortable et sophistiqué. Et, quoi que devenu un peu cheap (Cela dit, l'Heure Bleue n'a pas si bien vieillit, je ne parviens pas à aimer la version actuelle. Enfin, je suppose que j'ai besoin d'un update depuis 2017... Guerlain et ses classiques, c'est parfois très compliqué.), il reste un parfum qui dit « je ne suis pas du même monde et j’ai un pied dans le siècle passé, d’ailleurs, c’est vers lui que mes yeux se tournent, pas vers vous. » Et, ça, j’avoue, c’est quand même beaucoup moi…
"J'ai capturé une senteur qui révèle le charme et la beauté de la femme, subtilement et avec élégance."
Oscar de la Renta

Oscar, Jean-Louis Sieuzac pour Oscar de la Renta, 1977.

Commentaires

  1. Belle découverte ! J'aime beaucoup !
    Merci

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    1. J'en étais sûr! Oui, méconnu, il mérite d'être découvert.

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  2. J'ai fini par craquer... Achat à l'aveugle... Il arrive sous peu. Verdict très prochainement.

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