toute une époque

"Cette voix était restée la même, inutilement chaude, prenante, avec un rien d'accent anglais Et pourtant, de même que ses yeux avaient l'air de me regarder d'un rivage lointain, sa voix était triste, ..."

Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, le temps retrouvé, 1927.

l'Interdit, Givenchy, eau de toilette vintage
S’extasier sur le parfum d’Audrey Hepburn semble un passage incontournable lorsqu’on parle de l’Interdit pourtant, rien dans ce parfum ne m’évoque Audrey. Pas plus que les débuts d’Hubert de Givenchy en couture. Les « séparables » sont loin, ainsi que le coton ou les imprimés de fantaisies, tout le côté jeune et un peu sport de la mode de Givenchy qui pour moi se retrouve bien plus dans le Givenchy III avec ses notes vertes et son intelligent fond de chypre. L’Interdit, c’est autre chose, le parfum me renvoie plus à l’adoration que Givenchy vouait à Cristóbal Balenciaga.

L’Interdit, c’est l’élégance ultra classique et un peu guindée des années ’50. (Oui, juste comme j’aime !) Des aldéhydes à foison pour un effet laque Elnett-poudre et maquillage qui dure tout le temps du parfum, un bouquet très compact, mais où on perçoit des notes épicées évoquant œillet et girofle. Le parfum est toujours plus poudré, nimbé d’une sensualité vanillée discrète. C’est au Dix qu’il me ferait penser, mais en moins altier, en plus rembourré et plus confortable. Un peu plus bourgeoisie provinciale et moins souveraineté hautaine ?

Remarquez que ce n’est pas vraiment une critique, l’élégance des femmes de notaire en province étant l’un de mes grands fantasmes. Toujours est-il que cet Interdit à tout d’une belle corsetée, figée dans une posture gracieuse. Terriblement old fashioned, comment lui résister ? L’Interdit n’est ni espiègle, ni jeune, plutôt mûr et sage, terriblement tendre aussi. Parce que dans ces familles-là, on a du cœur, on est aussi une mère et on ne confie pas ses enfants à une gouvernante.

L’Interdit est toute une époque, mais moins glacée que les pages des magazines auxquelles il pourrait faire penser. A découvrir absolument si ce passé proche vous fait rêver…


L’Interdit, Francis Fabron pour Givenchy, 1957.

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