La collection des eaux est une vraie réussite de la marque. Les flacons sont sublimes, reprenant les codes de la marque entre luxe et minimalisme à croire que Chanel avait inventé l’instagramable avant l’invention d’instagram, des jus qui témoignent du savoir faire maison par leur formules à l’écriture fluide où tout s’enchaîne avec une fluidité justesse qui devient asse difficile à trouver et l’accès à de belles matières que le parfumeur maison à le bon goût d’utiliser sans ostentation vulgaire, un storytelling qui fonctionne même s’il me lasse un peu et tourne vite court (d’après moi, tout ramener à Mademoiselle finit dans une impasse car dans ce cas elle n’a pas tant voyagé, et on apprécie les autres créateurs qui ont œuvrer pour la maison, que ce soit les couturiers, les nez, etc.) et pour finir un positionnement extrêmement judicieux pour ces parfums plus faciles à aborder que de grandes créations historiques entre mainstream et exclusivité autant dans la distribution que dans les prix.
J’aurais pu très facilement céder, moi qui aime tant les eaux, si ce n’est que manquait à mon avis un petit quelque chose du côté de la créativité. C’est très Chanel en manque d’inspiration : faire ce qu’ont déjà fait les autres mais en mieux. Le résultat peut être magnifiquement convaincant comme dans le cas de Cristalle que j’ai toujours préférée à cette Diorella à laquelle le Chanel doit pourtant beaucoup, mais dans ce cas, je n’étais pas nécessairement prêt à lâcher immédiatement mon Eau de Rochas pour Paris-Deauville ou la cologne Hermès pour Paris-Biarritz. (Même si les flacons de la rue Cambon son assurément ben plus jolis, agréables dans la main et photogéniques.)
Et puis j’ai rencontré Paris-Édimbourg pour lequel le désir n’a cessé de grandir en moi en dépit de mon indifférence profonde aux charmes de l’Écosse. (Que je ne connais pas du tout.) plus qu’une eau, c’est un véritable parfum qui peut plaire à un spectre d’amateurs plus large que ce que le qualificatif eau pourrait laisser penser. Il y a d’abord des notes d’agrumes, citronnées, vives et fraiches, qui n’existent pratiquement qu’au moment de la vaporisation, le véritable départ venant plutôt su peau : une odeur de genièvre aromatique et herbeuse qui place d’emblée le parfum dans une registre un peu vert, évocateur de nature et curieusement figuratif pour un parfum d’une marque qui ne nous avait pas nécessairement habitué à cela.
Le cœur tourne autour du cyprès et du pin avec de discrètes notes de lavande qui ancrent le parfum dans une registre fougère assez traditionnel tout en poursuivant la poésie bucolique du début. Il y a un côté légèrement savonneux, très propre, très apprécié de la clientèle Chanel depuis le N°5 mais qui, ici, renvoie vraiment à toute une parfumerie masculine ancienne, très élégante parce que très retenue. Certaines des meilleures trouvailles mode de Mademoiselle étant des emprunts au vestiaire masculin, particulièrement au vestiaire masculin anglais, cette nuance dandy british est une trouvaille assez géniale, d’autant plus qu’elle fait preuve de toute la subtilité requise. Ensuite, Édimbourg part dans une direction cèdre-vétiver suffisamment adoucie que pour n’être ni dure ni ostensiblement masculine selon les termes de la parfumerie classique du XXème siècle.
S’il y a un côté figuratif, il n’est pas une reproduction de la nature. Il y a le filtre de la vision d’un artiste qui aurait cherché à représenter, moins le paysage qui s’offre à lui, que l’effet de la brume, de l’humidité, du brouillard, sur sa perception du paysage, des différentes nuances de couleurs toutes un peu assourdies, qui se fondent en une impression générale verte, grisée, plutôt qu’en contrastes. C’est plus poétique et champêtre que ce à quoi Chanel nous a habitué, la maison privilégiant généralement l’abstraction, et extrêmement séduisant.
L’autre atout du parfum, c’est cet aspect « ancienne cologne pour homme » vintage, savonneuse, très raffinée qui plaira aux amateurs de jus anciens sans pour autant faire trop rétro ni être démodée. L’équilibre est parfait et rend le parfum indémodable et facile à porter. Qu’elle n’affiche aucune des nuances racoleuses à la mode est à mon sens un fabuleux argument en faveur de cette eau qui plaira à ceux auxquels l’époque déplaît.
Personnellement, je trouve que c’est un parfait parfum pour les demi-saisons fraîches et humides pour ceux qui aiment les vivre pleinement, plutôt que de les réchauffer avec du chypre ou de l’ambre. Il colle à cette atmosphère calme, un peu mélancolique sans pour autant tomber dans le drama des encens que j’adore pourtant mais en restant un vrai parfum chic comme on l’attend d’une grande maison de luxe. En été, ce n’est pas vilain et je comprends ceux qui aiment la fraîcheur et qui le portent à ce moment, mais le parfum est un peu écrasé, perd de ses nuances. Certes, il serait aussi parfait en hiver, mais je lui préfèrerai alors, je me connais, quelque chose de plus franchement vert, de plus incisif comme l’eau de parfum N°19, Bas de Soie ou mon vieux Vent Vert vintage, voire Cristalle… Mais Paris-Édimbourg pourrait tout-à-fait être le parfum de ceux qui ont choisi de n’en avoir qu’un dans leur vie. Sa subtilité, sa versatilité font qu’il n’est jamais déplacé et qu’on ne s’en lasse pas.
Paris-Édimbourg, Olivier Polge pour Chanel, 2020.
NB: il y a également un lait pour le corps et un gel douche. C'est délicieux, la qualité n'est pas à remettre en cause mais ça peut décevoir parce que le parfum est figé dans sa note genièvre qui est très plaisante mais on perd l'évolution qui contribue grandement à son charme. Si vous êtes tenté mais doutez, je vous conseille de réclamer des échantillons à votre vendeuse préférée plutôt que de tenter un achat dans la ligne corps. C'est beau et bon, mais ce n'est pas l'expérience complête.








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