L’environnement olfactif étant de plus en plus agressif, du moins je le perçois ainsi, notamment grâce aux bois ambrés qui décuplent puissance et tenue en créant au mieux un brouhaha constant, extrêmement fatiguant et passablement laid, voir en violant mes narines -j’ai parfois une vraie douleur physique à un endroit bien précis du nez lorsque je sens certains parfums ; je me réfugie de plus en plus vers les eaux chyprées et les colognes qui pour moi gardent le temple d’une certaine élégance dandy où la discrétion est encore, bien a rebours de l’époque actuelle, une qualité. Personnellement, je conseillerai toujours d’avoir au moins une cologne chez soi, ou une eau chyprée, c’est toujours juste, toujours chic, en plus de faire extrêmement plaisir.
Une cologne classique, c’est assez facile à réussir et c’est bien plus grâcieux qu’un parfum pas tout à fait terminé, comme on en voit beaucoup de nos jours, et de meilleur goût que certaines senteurs qui peuvent passer pour prétentieuses ou arrogantes. En plus, ce n’est même pas la peine d’investir une fortune. Je conçois fort bien qu’on aime se prendre pour une impératrice en usant d’un flacon aux abeilles dorées mais le saut qualitatif ne justifie absolument pas les prix délirants que peuvent atteindre les colognes de luxe, même si parfois il peut y avoir un petit plus, une originalité qui fait qu’on revient à une senteur bien précise. Pour moi, ce sera l’eau de cologne d’Hermès devenue eau d’orange verte avec ses notes mentholées qui ajoutent à sa fraîcheur et la conduisent vers le froid.
Mais en ce moment, je me baigne dans l’eau de cologne naturelle de Bien-Être et dans les souvenirs. Dans mon enfance, je forçais mes parents à l’acheter parce que je l’adorais. En frictions comme il se doit mais surtout dans l’eau du bain. Je n’ai jamais adoré les bains moussants, mais j’adorais mettre quelques (nombreuses) goutes d’eau de cologne dans l’eau pour profiter de la senteur qui se répandait avec la vapeur qui envahit la pièce d’eau. (Oui, je sais, c’est mal, mais j’ai toujours aimé les bains très chauds dont on ressort avec la peau rouge.) la recette est simple et totalement classique : une bouffée d’agrumes, presque verte, brillante et vive, avec d’abord l’acidité de la chair du citron puis une petite amertume qui laisse entrevoir des notes plus aromatiques, celle du romarin, notamment, avant d’aller vers le bouquet central et frais entre géranium et lavande, un peu épicé… girofle ? Quelque chose qui ferait un peu penser à l’œillet, mais très en sourdine. Le plus surprenant, c’est le fond. Je ne retrouve pas le fond ambré des colognes de jadis mais pas non plus celui aux muscs blancs qu’on trouve si facilement aujourd’hui. On est plutôt sur un fond qui serait très légèrement vanillé poudré, tout en transparence, plus innocent que l’ambré classique et moins hygiéniste que les muscs blancs.
Comme elle coûte une dizaine d’euros le quart de litre, on peut s’en servir comme d’une vraie cologne : avec générosité, s’asperger, se frictionner, jouir de la morsure de l’alcool sur la peau, de la sensation froide qui revigore après la douche, la partager en famille… Je précise que pour moi, elle tient bien. Elle n’a évidemment aucun sillage mais quand je l’utilise le soir avant d’aller dormir, le matin, lorsque je colle mon nez sur mon bras, je la sens encore qui se marie à l’odeur de la peau sans la couvrir.* Est-ce qu’on a besoin de plus pour être heureux ? Pas toujours. (Promis, la semaine prochaine, on cause à nouveau « luxe. »)
Eau de cologne, senteur naturelle, bien-être, 1962.
*Je précise que sur moi tout tient bien, très probablement parce que je suis un fanatique de l’hydratation qui ne s’autorise pas à passer l’étape lait pour le corps après chaque douche. Ça compte. Si vous vous plaignez que votre parfum ne tient pas, interrogez-vous sur vos habitudes d’hydratation.




Commentaires
Enregistrer un commentaire