Ambre Sultan fait partie de ces parfums dont je suis incapable de me souvenir de ce qu’ils sentent lorsqu’ils ne sont pas en ma possession. J’en ai vidé un flacon cloche, un flacon collection blanche mais je ne me souvenais que de la sensation ressentie, pas de l’odeur. (Alors que je peux très précisément sentir l’heure bleue en n'ayant plus approché le flacon de puis des mois ou des années.) Ce n’est pas la plus mauvaise manière de se souvenir d’un parfum. Alors que pour beaucoup, ce Lutens évoquera la sensualité, quelque chose d’enveloppant, pour moi il est surtout synonyme d’une grande sérénité, un peu méditative, forcément un peu solitaire, rien de sexy… (Ce qui ne signifie pas que le parfum n’est pas sexy, juste que c’est la chose qui m’intéresse le moins dans un parfum.)
Pour moi, le parallèle avec Ingres est assez évident, parce qu’on va beaucoup parler d’orientalisme, d’une certaine sensualité (nous y revoilà) et le décrire comme classique en oubliant à quel point, au-delà de l’académisme décoratif auquel on le rattache, il a expérimenté sur la forme pour obtenir quelque chose d’infiniment stylisé et fluide qui a pu à l’époque de sa création étonner et surprendre. Ambre Sultan démarre sur une note aromatique aérée, fraîche et transparente qui rompt quelque peu avec l’habituel départ hespéridé et n’est pas sans évoquer un peu l’Heure Bleue, justement. Ensuite vient ce qui pour moi est l’essentiel du parfum, sans doute parce que c’est ma partie préférée mais aussi parce qu’elle dure infiniment chez moi : une belle odeur de pinède sèche, dans la douceur de l’été.
Ensuite, viens le fond, doux et enveloppant, ambré, vanillé mais toujours résineux et quelque peu confit qui me semble un peu moins intéressant finalement. Peut-être parce qu’il est plus classique, au point qu’il en deviendrait banal, en grande partie parce qu’il a été très imité depuis sa sortie. Pourtant, malgré les copies, Ambre Sultan reste singulier. Au-delà de son éventuelle nouveauté pour l’époque, il faut souligner à quel point le parfum est bien construit, évolutif sans heurt, toujours parfaitement reconnaissable alors qu’il se transforme beaucoup au fil des heures.
Comme souvent avec ce type de parfum, c’est dans la chaleur que je le préfère. La chaleur qui le rend un peu moins présent, l’écrase, le maintient sur peau. (Il n’a pas une diffusion phénoménale, sa séduction vient du fait qu’il invite au rapprochement et non de l’envahissement de l’autre.) Sa note de pin sec est extraordinaire et très juste lorsque les températures grimpent. Elle enveloppe et réconforte poussant à l’indolence, à la paresse. La sérénité s’impose à la fois présente au moment et quelque peu ailleurs, familière des djinns et des sylphes.
La nuit et la solitude lui vont bien qui permettent d’être à son écoute. Comme d’autres Ambre Sultan est un parfum égoïste, à porter pour soi. Pour s’adonner à Serge Lutens ?
Ambre Sultan, Christopher Sheldrake pour Serge Lutens, 1993.






J’aime toujours lire tes descriptions parfumées, merci. Belette.
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