beauté et laideur à la Renaissance
L’idéal, le réel et le caricatural à la Renaissance.
Il y a quelques temps, je suis allé voir une expo à Bozar, parce que, oui, oui, nous avons aussi des expos à Bruxelles même si je n’en parle jamais, et elle m’a laissé des sentiments mitigés…En soi, les tableaux montrés (et les objets !) sont superbes et c’est merveilleux de pouvoir contempler une œuvre du Titien ou de Lucas Cranach l’ancien, ma préférence allant au(x) peintre(s) du Nord si vous voulez tout savoir, j’ai un peu de mal avec la palette italienne (vénitienne en particulier.) J’ai aussi acheté le catalogue parce que je voulais comprendre si le malaise ressenti avait une explication, était un parti pris. Mais la réponse semble bien être que non puisqu’il y a vraiment un décalage entre les textes, très intéressants qui donnent envie d’approfondir le sujet, et le parcours à travers les œuvres.

(J’illustre avec la Marie-Madeleine de Adriaen Thomasz.Key
puisque nous sommes avant tout sur un blog parfum !)
Dès le départ, pour montrer l’influence antique sur l’idéal de beauté à la Renaissance, le spectateur est mis en présence de Vénus et de grâces. Ensuite de fort beaux portraits de femmes, souvent plus ou moins dévêtues et quelques nus. Des femmes. Des femmes uniquement. L’homme n’est présent qu’habillé et non pas pour incarner la beauté mais le réalisme ou la laideur. Voilà qui dans mon esprit ne colle pas du tout à la réalité, à mes souvenirs de voyages à Florence ou j’ai vu quantité de beaux hommes, parfois nus, des David, des Appolon, des Hercules… Ce n’est pas nécessairement le même regard voluptueux que celui posé sur une courtisane vénitienne mais il y a un intérêt pour la beauté masculine, ses formes, ses proportions… que je n’ai absolument pas retrouvé dans l’exposition. Lhomme, il est juste moche en fait ? À vrai dire, je me suis un peu cru au XIXème siècle, à une époque où la nudité masculine n’était admise que pour incarner d’héroïques et viriles prouesses guerrières antiquisantes mais certainement pas le moindre érotisme qui ne peut être qu’un truc d’homosexuels dépravés qu’il faut soigner ou enfermer.
Outre que ça trahit l’époque renaissante, ça en dit peut-être long sur notre époque aussi puisque les regards n’ont pas nécessairement changé depuis le XIXème siècle et restent profondément sexistes. Des femmes objets sexuels, désirables, mais incapable ou interdite de désirer, de poser un regard appréciateur, d’avoir un avis sur l’esthétique masculine et subissant la pression du devoir de beauté. (C’est le moment de parler des promos sur le maquillage à l’occasion de la journée des droits des femmes ? *) En face d’elles des hommes, cantonnés au rôle patriarcal de celui qui désire, jamais désirable, jamais désiré et forcément laid. C’est un peu comme ça qu’on élève filles et garçons parce que des siècles de patriarcat et bla bla bla mais justement, j’attendrais d’une institution culturelle qu’elle nous pousse à réfléchir ces choses, pas qu’elle les renforce. Parce que le résultat n’est quand même pas très joli, hein…
*j’ai vu nettement moins passer cette année de ces promos "journée de la femme qui est avant tout une consommatrice de trucs dont elle n'a pas vraiment besoin." Peut-être parce qu’on a un peu évolué (mais j’crois pas), peut-être parce que je me suis désabonné intelligemment.



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