Au début des année ’70, Cartier à lancé sa ligne Must, des objets plus actuels, plus mode et, disons-le, plus accessible. C’est un énorme succès, on voit must de Cartier partout. (Partout où il y a des suffisamment riches…) En 1981, le premier parfum de la marque est créé dans cette « marque bis » et son flacon reprendra les lignes du briquet emblématique. Enfin, le parfum… LES parfums puisque Must est un parfum et une eau de toilette qui n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre. L’eau de toilette est une senteur bien faite, propre, pas révolutionnaire pour deux sous qui ne connaîtra pas vraiment de postérité. Le parfum, c’est autre chose.
D’ailleurs, pour moi, c’est à peine un parfum. Il tient plutôt de la potion, du sortilège. La base est assez classique : des fleurs, plutôt discrètes, sur un fond ambré, vanillé, orientalisant, dans le sillage d’Opium. Mais Must est lourd, collant, presque poisseux. Ce qui le sauve, le rend si merveilleux, c’est son départ. De jolis aldéhydes, bien sur mais surtout une note verte de galbanum qui ne devrait rien à voir à faire là et qui change absolument tout. Ce qui aurait pu être un parfum typique de la décennie devient quelque chose de fascinant et inoubliable. D’inclassable aussi. (Qui connaîtra une vraie postérité qui passe, notamment, par le triomphe Obsession de Calvin Klein qui lui doit beaucoup.)
Must m’a toujours fasciné même si je l’ai très peu porté. J’ai réalisé en l’achetant que c’était en réalité un rachat très régulier : il m’en faut un flacon tous les dix ans. (Oui, c’est le cinquième, vous comptez bien.) J’avoue que je le trouve presqu’importable tant il est trop (et il est, Dieu merci, encore bien trop.) Je ne peux pas m’empêcher de voir en celle qui habite à l’intérieur de cette bouteille, moins coûteuse que le premier flacon godronné, une héritière des cocottes de la belle époque. Elle est probablement une femme entretenue, sortie d’un film de Chabrol, plutôt bonne fille dans le fond, dont l’épouse légitime de son généreux mécène dit, citant Marie Leszczynska sans le savoir, dit « puisqu’il faut qu’il y en ait une, mieux vaut celle-là qu’une autre. A défaut d’avoir les bijoux Cartier, réservés à l’épouse, elle a ce parfum qui est peut-être son seul vice, puisqu’il se colle à l’amant pour signaler discrètement qu’il n’est pas rentré directement au domicile conjugal. (Enfin, son seul vice… ça et les UVB, dans un institut de beauté comme Jakie Quartz.)
Il y a aujourd’hui une version parfum et une version eau de toilette qui reprenne la même structure du vert sur fond oriental en l’interprétant un peu différemment. Le parfum est fidèle au parfum original, pailleté, scintillant sur ce fond capiteux jusqu’à la lourdeur, mais en restant assez proche de la peau : il n’a pas ce sillage monstrueusement beau d’un Shalimar qu’on sent de fort loin en suivant celle qui le porte dans la rue. Must est dense, riche et présent, très, mais de près. Et pour très longtemps. (Oui, il résiste au lavage des vêtements, j’ai testé.)
L’eau de toilette est un peu plus transparente, je n’ose dire légère. Un peu moins nette, moins collante, elle forme plutôt une jolie bulle moirée autour de ceux qui la porte, et fond les différentes notes. Le contraste entre le galbanum et le fond du parfum est moins saisissant, tout est un peu plus fondu. C’est moins radical, mais ça reste fort beau et probablement plus simple à porter. Personnellement, je la trouve plus élégante, plus « parfum » et probablement plus datée que le parfum dont la singularité transcende peut-être plus les époques.
Ne me demandez pas de choisir, j’en suis incapable.
Must, Jean-Jacques Diener pour Cartier, 1981.
NB : oui, je suis fasciné par les vieilles photos du lancement des trois parfums (Must parfum, eau de toilette et Santos pour homme) avec les stars de l’époque, d’avant les réseaux sociaux et les influenceurs boring et clonés, quand les marques faisaient des fêtes assez délirantes où étaient invités mondains, acteurs, chanteuses et pilotes de formule 1…
PS: c'est Julie (le lien vers sa chaîne YouTube) qui m'a rappelé que je ne pouvais pas traverser les années '20 sans un flacon de Must. J'assume mes goût de cocotte mais quand même IL Y A DES GENS POUR M'AIDER, HEIN!






Commentaires
Enregistrer un commentaire