ou pas.
On pourrait croire que je me suis fait plaisir et que j’ai
vécu ma meilleure vie parce que j’ai dépensé beaucoup trop d’argent en mai
pourtant, chez moi, c’est surtout le signe d’un malaise, d’un stress, d’une
angoisse. Je n’ai jamais prétendu tenir un blog économique, prodiguer des
conseils quant à la façon de gérer un budget, mais j’estime que c’est le genre
de chose qu’il faut dire et signaler parce qu’on pourrait croire en lisant le
blog ou en traînant sur les réseaux sociaux que j’ai une vie facile et
luxueuse, déconnectée du monde réel, alors qu’il n’en est rien. Il n’y a à peu
près aucune raison de m’envier et de vouloir ma vie. La minute confession va s’arrêter
ici parce que je ne vais pas faire une psychothérapie publique et surtout parce
que les raisons ne sont pas forcément toutes très claires et qu’elles sont dans
le fond extrêmement banales et que nous en avons probablement tous au moins
quelques unes en commun. Une actualité angoissante, la pression qui s’accroit
désagréablement au boulot, des relations interpersonnelles pleines d’embrouilles
et de complications, les trucs de la vraie vie par lesquels nous passons tous un
jour.
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(oui, sur mes selfies, on voit tous mes défauts) |
Je m’apprêtais à dire que les petites choses qui font tenir
ne sont pas nécessairement matérielle, mais la première que je dois citer est
très matérielle et physique : J’ai
enfin retondu mes cheveux. Ça me manquait, mais je devais finir mon stock d’après-shampooing,
j’ai enfin l’impression de me retrouver, de redécouvrir mon visage Mais j’ai
laissé un peu plus de barbe blanche, c’est le truc qui me vieillit le plus, mes
cheveux sont gris mais pas tant que ça alors que la barbe est intégralement
blanche et que je gagne 5 ou 6 ans en la coupant, mais je m’en fous complètement
d’avoir l’air vieux tant que c’est avec une belle peau. Je suis trop vieux que
pour essayer d’avoir l’air jeune, j’ai passé l’âge de ces conneries !
Pour ce qui est de la jolie peau, pas vraiment de révolution
skincare, je m’en suis tenu à mes (nombreux) basiques sans réellement essayer
des choses nouvelles en termes d’actifs ou de gestes. Cependant j’ai retrouvé
avec plaisir le rayon homme des parfumeries. Tout a commencé avec le Toy Boy de
Moschino que je trouve vraiment bien fichu et agréable et puis il y a eu le
retour en force de Caron et son merveilleux pour un homme qui me vaut toujours
des compliments qui me laissent toujours un peu partagé : dois-je me
réjouir de voir que ce noble vieillard plaît toujours beaucoup aujourd’hui ou
pester que plus personne ne semble connaître et reconnaître ce merveilleux
classique ? Comme c’est un thème « les petites choses qui font du
bien » je retiens l’option optimiste mais, vous me connaissez, vous savez
que l’autre possibilité traîne toujours dans un coin de ma tête.
J’ai beaucoup lu et surtout beaucoup acheté de livres dont
je me dis qu’ils seront bienvenus lorsque le temps des départs en vacances arrivera.
Comme vous voyez, il n’est pas impossible que je parte en villégiature avec les
invités de C’est dans l’air. Ne me demandez pas pourquoi j’ai de subites envies
de lectures sérieuses, le fait est que le sérieux est infiniment rassurant et
relaxant pour moi. Peut-être parce que je n’y comprends rien, allez savoir ?
Mais si tel est le cas, je prends quand même. A vrai dire, le roman est un peu
compliqué pour moi en ce moment. Je viens de terminer Sodome et Gomorrhe, Marcel
Proust, à la recherche du temps perdu, épisode 4 rediffusion je ne sais pas
combien mais peu importe puisque c’est toujours aussi bien et que j’y prend
toujours autant de plaisir. La vision que Prout a de l’homosexualité me semble complètement
à côté de la plaque, celle qui a de l’amour, profondément masochiste ne me
semble pas beaucoup plus juste, mais peu importe, il y a tellement plus dans le
roman. On rit beaucoup de ces mondains dont la bêtise éclate en dépit de la
fascination qu’ils exercent sur nous, on s’émeut de l’affection pour la
grand-mère, on se reconnait dans cette vieille marquise douairière de Cambremer
si attachée à la musique de Chopin qu’elle en mouille sa barbe de bave émue…
(Si, si, si, c’est totalement moi quand une jeunesse de 20 ans me dit beaucoup
aimer l’Heure Bleue !) En long, en large, en court, en bref, c’est toujours
merveilleux de lire et relire Proust, on y découvre toujours quelque chose qui
nous avait échappé les premières fois et la duchesse de Guermantes finit par
avoir plus de réalité que notre voisine de palier.
Le souci, c’est que tout paraît bien fade, terne, insipide
en comparaison. Robert Musil tire son épingle du jeu, l'écriture est vraiment belle. Je l’ai découvert grâce à
Sébastien sur instagram avec les désarrois de l’élève Törless (1906), roman de pensionnat qui explore
la découverte adolescente de la sensualité, de l’homosexualité et d’une
certaine cruauté sadique qu’on ne peut s’empêcher de relire aujourd’hui sous le
prisme du harcèlement. C’est une violente exploration de la part sombre et
malsaine de l’individu. Le roman procède par glissements lents, s’accélère vers
la fin, nous entraîne complètement dans son ambiance trouble. C’est assez
remuant. Un grand roman marquant, qu'on ne peut pas lâcher, dont je suis surpris de n’avoir pas entendu
parler plus tôt. Un vrai classique qu’on se prend en pleine face !
Est-ce que mes lectures qui me font du bien sont feel good ?
Non, absolument pas. Du moins pas en ce moment. Parfois ce qui nous fait du
bien est de pouvoir nous échapper, parfois de nous confronter à la difficulté
de l’existence. Les deux attitudes ne sont pas incompatibles, chacun fait ce qu’il
peut quand il peut en fonction de ce qui est le mieux pour lui à cet instant
précis. Alors bien sûr qu’on peut juger la facilité et qu’il ne faut pas mettre
tout sur un même pied et que tout ne se vaut pas, mais ça ne veut pas dire qu’on
juge les gens. Je lis aussi de la littérature feel good en jugeant qu’elle est
à un niveau moindre que d’autres littérature plus exigeante, mais je ne juge ni
ne méprise aucun lecteur. (Ou non-lecteur, parce que ça s’applique à bien d’autres
domaines.)
Du côté des chiffons, j’ai été très pratique, j’ai acheté d’austères
tenues de sport adaptée à la saison même s’il n’y a plus de saisons ma brave
dame, reportant du noir pour l’occasion, c’est triste et moche mais c’est dans cette
couleur qu’il y a le plus de choix et c’est vraiment un domaine ou je n’ai pas
envie de fournir des efforts, sinon, je me suis acheté des mocassins en vrai
vieux qui s’assume : parce qu’ils étaient confortables comme des
pantoufles. Je suppose que j’ai passé un cap de plus dans la vieillerie en
refusant de souffrir pour être beau. (Avis personnel : faire la gueule
parce qu’on a mal au pied n’a jamais rendu personne élégant.) Je les adore et
puis c’est tout. Le mocassin, c’est comme le pull marin, je pourrais passer ma
vie dedans. Est-ce que les deux s’harmonisent avec grâce ? Ce n’est
probablement pas pour rien que Fratelli Rossetti a décidé d’appeler ce modèle
Yacht, je vous ferais dire !
Et puis le confort et ma petite santé de frileux qui se
ramasse absolument tout ce qui traîne comme virus et microbes ont totalement
justifié l’achat d’un foulard Longchamp bien trop beau en bleu et blanc sur le
thème des boutiques d’artisan ! Il est ravissant per se et en plus se
marie à merveille avec mes tasses à thés et mes marinières. Que demander de plus à
un carré de soie ? (On n’a JAMAIS assez de carrés de soie, n’essayer même
pas de prétendre qu’il pourrait en être autrement : choisis dans la bonne
couleur, ils donnent bonne mine même avec une tenue un peu bof, sont
indémodables, toujours à la bonne taille et que je les passe en machine à froid
sans problème : ça les assouplit et fait passer un tout petit peu les
couleurs, ce que j’apprécie. Je déteste les vêtements qui ont l’air de sortir
de la boutique, j’aime ce qui a vécu. Comme pour mes parfums d’ailleurs :
il faut que ça raconte une histoire !)
Et si vous voulez du pure feel good, allez faire un tour chez Dandoy, il y a forcément quelque chose pour vous les bad kids ! (On me dit dans mon oreillette qu’ils sont en vente à l’épicerie du Bon Marché pour les parisiens.)
Que j'aime te lire.
RépondreSupprimerOh merci!
SupprimerDans les thèmes graves qu'il faut affronter on peut lire le magnifique "Les lunettes d'or" de Giorgio Bassani (je suis italien et l'ai lu "dans le texte" mais la traduction française est très bonne d'après mes amis). Et pour mêler le sérieux au frivole (indispensable à la survie, comme l'humour) en portant la version parfum de "Pour un homme" (qui me semble un peu moins vanillée et plus aromatique).
RépondreSupprimerJe note le livre. Pour un homme, j'ai la version millésime mais je me pencherai sur ce parfum, un peu moins vanillé, ça m'intéresse... à condition de le trouver, Caron étant franchement mal distribué!
SupprimerMerci pour ce billet. Ici, j’ai encore acheté des vêtements pour le vélo, un mascara vert pétant parce que pourquoi pas, un gloss rose framboise pailleté et me suis éclatée sur mon vélo en Italie. Belette.
RépondreSupprimerAh, mais le mascara vert, je valide à 200%: vive la couleur! (et j'adore le vert qui ne me le rend pas, hélas, c'est ma couleur mauvaise mine assurée dans presque toute ses nuances!)
SupprimerConfession: je ne sais pas faire de vélo, je n'ai AUCUN sens de l'équilibre. Je me suis cassé un bras en descendant d'un trottoir, donc quand je dis aucun, c'est vraiment aucun...