femme, rochas

 (édition 2023)


Femme, c’est le parfum qui sent le parfum, l’être humain qui veut sentir merveilleusement bon sans référence poétiques ou autres, c’est l’anti "parfum d’ambiance" figuratif. Femme est juste délicieux. Pas moderne dans la mesure où il ne sent rien d’autre que lui-même, mais j’aime bien cette conception du parfum qui ne sent que celui ou celle qui le porte et pas le brin de muguet ou le salon de thé. Vous saviez déjà que je n’étais pas très moderne.

Femme a eu plusieurs incarnations. Au départ, il envoyait ses aldéhydes et ses fleurs dans une ambiance raffinée et légèrement poudrée, sa prune bien mure, généreuse et riche, les épices et le chypre qui fixe son mystère sensuel. Femme, sombre et lumineux était un mélange d’élégance très habillée, tailleur et fourrure, et d’impudique nudité. N’oublions pas que les années ’40 sont le grand âge de la femme fatale, du glamour et du film noir.


La version revisitée à la fin des années ’80 est plus moderne, nettoyée. (ce n'es pas ma préférée, mais c'est comme demander à une mère de jumeaux de choisir. Jamais je n'avouerai une préférence pour l'une des deux versions.)Moins d’aldéhydes et de prunes, un peu plus de pêche, plus d’épices (alerte cumin !), comme si on avait retiré des accessoires mais conservé la base tailleur strict-guêpière. D’ailleurs, Femme est devenue plus androgyne même si le parfum conserve la taille fine et le pectoral généreux, en partie à cause de la reformulation, en partie parce que nos goûts, nos habitudes ont changés. (Et la reformulation n’est pas la plus grande partie.) Certes beaucoup bloqueront sur le nom…

La version actuelle est magnifique, très fidèle à celle du début des années ’90, très reconnaissable, très signée, très présente pour offrir cet aspect « méfiez-vous, j’arrive et je suis fabuleuse/x » d’un parfum signature qui n’est pas pour les timides. Les jeunes espoirs devront s’abstenir, Femme s’assume comme un bijou hérité, trop opulent pour notre époque mais : prendre le métro avec notre tiare ? Même pas peur.


Le meilleur de l’histoire, c’est que Femme est disponible pour pas très cher… (J’ai payé mon flacon moins de 50€/100ml.) On peut donc porter un chef-d’œuvre, sentir riche et rare, être original et unique de façon très démocratique (Vous n’aviez pas vu venir que la tiare était démocratique, avouez !), sans se ruiner dans l’exclusivité ou la niche. Une fois de plus, il suffit de faire mettre à genoux la vendeuse de la parfumerie, de regarder les étagères du bas où dorment les classiques, de fouiller internet pour être sublime. Femme, c’est un miracle en 2023. Quelle est votre excuse ? (La seule excuse acceptable est "j'hésite entre le porter et le faire porter pour avoir le plaisir de le sentir en me penchant sur une peau aimée.")


Femme, Edmond Roudnitska, revu par Olivier Cresp, pour Rochas, 1946.

Commentaires

  1. Je redécouvre Femme depuis quelques mois et j’adore. C’est drôle, la vendeuse s’est mise à genoux et a ouvert le tiroir du bas ! Et effectivement, le prix est très sympathique. Pour moi, filiation avec Féminité du bois ; la prune, sûrement.
    Merci pour vos billets.
    Sylvie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais je n'invente RIEN. Oui, il y a ce côté gourmand-strict qui les rapproche. Ainsi que Dolce Vita que j'aime bien aussi, dans la veine de féminité, et qu'on sous estime un peu. Mais je reste fidèle à Femme parce que. (Peut-être en partie parce que j'ai aimé féminité dans sa première incarnation Shiseido et ne me reconnais plus forcément tout-à-fait dans l'actuel, mais il faudrait que je m'y remette.)
      Merci à vous.

      Supprimer
  2. Oui, le paradoxe est que l'on peut porter de très beaux parfums à des prix défiant toute concurrence simplement parce qu'ils sont moins vendus. Il faudrait d'ailleurs que je sente à nouveau "Blue Grass" d'Elizabeth Arden, "Aromatics Elixir" de Clinique, etc...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourquoi se priver d'être merveilleux? Aromatics, je vis d'un vieux flacon puisque je le porte peu, mais les avis récents décrivent un parfum passablement anémié. Blue Grass, on m'en dit du bien, certes, il ne serait plus le même mais serait fort plaisant pour trois francs six sous, à voir. (Oui, il est dans une wish list depuis bien longtemps!)

      Supprimer
  3. Ce n'est pas un parfum qui plaît à la Génération Z et encore moins aux Millenials car pas assez bling. Mais c'était presque exactement ce qu'il était ce parfum, l'opulence d'une femme aisée et bien éduquée mais qui pouvait être décadente et garce (coucou Alexis Colby Carrington) si besoin; il est charnel qu'on en peut plus, il est fluide et équilibré et extrêmement chaleureux, comme un beau manteau de fourrure. Cette femme là c'est une femme qui assume son héritage, joue des bons mots mais gardera le cœur sur la main, elle se parfume le matin derrière la nuque car elle ne veut pas gêner les autres mais adorera qu'on lui demande quel est son parfum (je me décris là ?).... C'est la référence du chic sans l'outrance.

    ~Fabien~

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous soucions-nous vraiment de l'avis de tout un alphabet de générations quand nous sentons sublimes? Non, je ne crois pas. #entoutemodestiebiensur

      Supprimer
    2. Ha ha ha j'adore
      ~fabien~

      Supprimer

Enregistrer un commentaire