choc

“un singulier certificat de vie et de réalité, une saveur moderne”

Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, du côté de chez Swann, 1913.
choc, Pierre Cardin

L’histoire est injuste avec Pierre Cardin. L’histoire de la mode l’oublie alors qu’il fut très à la mode et très moderne (il l’est toujours), avec des coupes parfaites (le monsieur a une solide formation de tailleur) et aussi avant-gardistes que le furent les créations de Courrège ou Paco Rabanne. La marque s’est tiré une balle dans le pied en profitant de son succès par un abus de licences : dans les années ’70, on trouvait tout au nom de Cardin, des cravates en polyester et des stylobilles en plastique, de vilains polos en vrac dans les bac des solderies… Pas de chance coté égéries, quand on peut toujours exhiber une photo de Romy Schneider en tailleur Canel ou de Catherine Deneuve en petite robe Saint Laurent, chez Cardin, on doit être un peu embarrassé (Minute putassage, vous pouvez passer directement au chapitre suivant) par les heures d’archives d’émissions de variété ou Mireille Mathieu déclare toute fière qu’elle est habillée par Monsieur Pierre Cardaing. (Avé l’accent) Le principale critère de la chanteuse étant « Il faut que ce soit noir comme les robes de Madame Edith Piaf. » Je sais que la rédemption par un déterrage fashion d’égérie improbable est toujours possible (Jurisprudence Yvette Horner by Jean-Paul Gaultier), mais je doute.


L’histoire de la parfumerie est aussi injuste avec Choc de Cardin sorti en 1971 et signé Françoise Caron. Il semblait condamné dès son lancement, pourtant ce parfum peu onéreux a bien des qualités et passe bien l’épreuve du temps. Trouvable facilement pour trois fois rien, c’est un très bon plan pour jeune perfumistas fauchés ou pour perfumistas ayant pour seul snobisme de sentir bon, original et signé. Choc est une corbeille de fruits sur fond chypré discret. Quelques aldéhydes, des notes aromatiques et un peu de fleur assurent à l’ensemble une structure classique, mais ce qu’on sent, ce sont des fruits exotiques et acides, très frais, garanti sans sucre, encore verts, balancé par un coté propre qui m’a toujours évoqué un peu la lessive, le propre. C’est pour ça que je l’ai aimé jadis et que je le retrouve avec plaisir. Curieusement, alors que la référence lessivielle, ce sont, grâce à The Body Shop, les muscs blanc, Choc semble aujourd’hui plus moderne et bien moins déjà vu que la plupart des parfums « propres. »


Son attitude un peu arrogante (les années ’80, tout ça !) et directe n’est pas sans charme et le place dans la catégorie des parfums qu’on porte pour sois sans volonté de plaire ou de séduire. Prenez ou laisser, mais celle ou celui qui porte Choc se fout un peu de ce que vous pouvez bien penser. (Et, ça, ça peut être très séduisant) Il a une allure très tailleur, très nette, une coupe presque tranchante qui va bien à la mode de Cardin. Le parfum qui est toujours portable sans faire rétro-futuriste/clin d’œil à Barbarella. Et un parfum qui approche de la quarantaine sans faire vintage ou reflet d’une autre époque, ce n’est pas si courant. Choc n’était pas moderniste mais il était en avance sur son temps.


Si vous l’avez connu, peut-être que maintenant que je vous ai fait vous souvenir de lui vous pourriez remettre le couvert ? Et si vous ne l’avez croisé, essayer, on ne sait jamais. Ce n’est pas un chef d’œuvre absolu qu’il faut sacraliser (il y en a fort peu lorsqu’on tient compte des effets de mode rétro qui ne sont que des feux de paille Et, ça, ça peut être très séduisant) mais certainement un parfum fort injustement sous-estimé.


Choc, Françoise Caron pour Pierre Cardin, 1981.

Commentaires

  1. Hello
    Je n'en avais jamais entendu parler, là encore je suppose que ce n'est trouvable que sur internet maintenant....
    Encore une fois ma curiosité est attisée ! Dois-je te remercier ?

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    1. On le trouve assez facilement, du moins en Belgique, dans les même boutique qui vendent par exemple Charlie de Revlon ou Gloria Vanderbilt.
      Oui, tu me diras merci!

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  2. C'est commandé: il va falloir arrêter de susciter autant d'envies! (non, continue, l'ambivalence, ça a du bon;))

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    1. J’en ai fait vendre quelques uns et je n’arrive pas à m’en vouloir: c’est beau et ça coûte trois fois rien. Amuse-toi bien avec lui!

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  3. Ma tante l'a porté longtemps, longtemps... Mais je n'en ai aucun souvenir. Evidemment cet article me donne forcément envie d'aller renifler un flacon (j'imagine que ça doit se trouver dans les supermarchés, je vois assez régulièrement des flacons de "Rose Cardin"). De mémoire son flacon avait un bouchon noir... y'a t'il une différence avec le flacon orné d'un bouchon doré ?

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    1. ça se trouve chez Monoprix assez facilement apparemment. Oui, le bouchon était différent, bleu marine dans mon souvenir. Mais il a suffisamment bien vieilli que pour ne pas se donner la peine de chercher une version ancienne. (Chose que je ne dis pas tous les jours!)

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