répliques

« En tous cas, ces trahisons ne manquent pas. Un écrivain peut se mettre sans crainte à un long travail. »

Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, le temps retrouvé, 1927.

lipstick on
Maison Martin Margiela, c’est d’abord un premier parfum, [Untitled] qui mariait galbanum et encens, raide, terreux, vert et sombre, mais signé Daniela Andrier. (Donc très joli travail sur les muscs.) Un parfum cohérent, peu accessible, parce que déroutant, qui joue le concept, l’idée, sans se faire abscon à plaisir et importable. Puis, par amour du vintage, est venue la collection Replica. Des ambiances passées, présentes (et futures ?), retranscrite en parfums. C’est un concept qui fonctionne, et qui fonctionne bien dans la niche, sans être révolutionnaire ou difficile d’accès, mais qui tranche sur le mainstream qui ne jure que par des clichés éculés pour la plupart de ses lancements. (Féminité= élégant et sexy, qu’on peut souvent traduire par exhibition de nichons et robe chère, moche, mais puisque c’est cher, c’est élégant apparemment, si j’en crois la pub, mais qu’importe puisqu’on vend surtout du sirop de fruit ?)

Replica, c’est une collection réussie et cohérente. Différente et signée. Je retiens surtout une ambiance maquillage (pas si originale mais joli), feu de bois dans la cheminée à la campagne (oui, je sais, c’est plutôt chalet à la montagne mais mes référence personnelles n’incluent pas le chalet en hiver à la montagne pour cause de déprime paniquée à la vue du moindre flocon), de barbier à l’ancienne… Mais surtout un Lazy  Sunday Morning qui sent les draps propres (Oui, normalement, ils devraient être sale puisqu’on vient de passer la nuit dedans, je sais.). Fleurs et muscs plus des aldéhydes… Vous avez compris pourquoi j’aime ! Le thème très White Linen est renouvelé, modernisé, de façon très réussie. On est parfois plus proche du parfum d’ambiance que du parfum de peau, mais la confusion des genres n’est pas pour me déplaire. Ce n’est même pas une première, la niche pratique assez fréquemment ce genre de chose, délaissant l’abstraction pour retranscrire un paysage… 

Parfumerie de niche ou pas ? Oui, assurément, même si ce n’est pas difficile à appréhender, trop intellectuel ou compliqué. Pourtant, en Belgique, l’actualité de la Maison Martin Margiela, c’est de quitter le secteur des boutiques de niche pour aller chez Ici Paris XL (équivalent local d’une grande chaîne de type Séphora.) Je trouve ça très bien, parce que je suis un partisan du Beau pour tous et qu’une ligne de ce genre diversifie enfin l’offre et tire incontestablement ce que la grande chaîne propose vers le haut. Comme je l’ai déjà dit, de toute façon, pour moi, les univers niche/mainstream ne sont pas en opposition, mais complémentaires. La fusion semble presque logique pour moi. Plus de jolies choses pour tout le monde et le monde ne pourra que mieux se porter.
at the barber

Sauf que. Le bât blesse quand même un peu. Je trouve que c’est quand même un tour de cochon joué aux boutiques de niche qui proposaient la marque. Elles ont fait le boulot, du bon boulot, faire connaître la marque, la faire découvrir en guidant le public, en expliquant la démarche… Bref, elles ont contribué à la faire prospérer. Et quand les bénéfices arrivent, ce n’est pas hyper correct de leur tourner le dos, parce que, contrairement aux grandes chaînes, ça n’est pas forcément facile tous les jours pour ces boutiques. Elles ont parfois des défauts, elles sont parfois prétentieuses, hautaines et snobissimes, c’est vrai, parfois, mais elles sont le plus souvent tenues par des passionnés, des gens qui s’investissent, qui développent de  vraies relations avec leurs clientèles. Clientèles qui ne resteront pas toujours fidèles parce que c’est plus facile d’aller à la parfumerie du coin pour se procurer la même dope que de faire des kilomètres. 

Je ne suis pas particulièrement attaché aux boutiques de niche par amour de la niche, par contre, j’y tiens parce qu’elles sont un lieu où on prend le temps, où on partage, découvre et apprend. Ce qu’on devrait faire aussi dans les grandes chaîne, mais ce n’est pas toujours le cas. Rarement même. Franchement, j’ai perdu espoir et optimisme le jour ou un  vendeur m’a demandé si je parlais d’un parfum pour homme et si je savais la marque. À propos de Shalimar. Alors, oui, ma boutique de niche, où le vendeur sait me parler de Shalimar qu’il ne vend pas, j’y tiens. Et je n’ai pas envie de la voir fermer. J’ai envie qu’elle reste telle qu’elle est, qu’elle garde sa spécificité, à côté des grandes chaines qui ont leurs avantages, leurs bons côtés et font souvent du bon boulot aussi. Mais pour ça, il faudrait que les marques aussi soient un peu loyales…

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