mise au point

“sorte de vague et blanche constellation où l’on n’eut distingué deux yeux plus brillants que les autres, un malicieux visage, des cheveux blonds, que pour les reperdre au sein de la nébuleuse indistincte et lactée.”

Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, à l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1919.

Il a déjà été plus tôt question de mon amour de la photographie. Soyons clair et net, je n’ai quasiment pas de matériel, juste un appareil et deux objectifs, en plus de mon iPad, aucune formation et quasiment pas de connaissance technique. Je dépasse quand même le mode automatique, mais c’est à peu près tout. J’ai eu la chance de commencer à faire des photos avant la naissance du numérique, époque où la retouche n’était pas si aisée : on recadrait un peu, on jouait un tout petit peu sur l’exposition et le contraste et c’était à peu près tout. Mais enfin, je sais un peu ce que j’aime même si je n’ai pas de style.  En photo, j’aime le flou. Pas une photo ratée, mais une photo ou tout n’est pas net, où l’un ou l’autre élément net se détache des autres un peu moins net. C’est assez facile : il suffit d’ouvrir le diaphragme tout grand et donc de photographier très vite. 



Les flankers (Oui, il y a un rapport, attendez un peu) m’énervent. Je trouve qu’on ne comprend jamais rien, que l’achat d’un parfum est compliqué et celui d’un cadeau impossible. Madame adore la petite robe noire cache-cœur cashmere et Monsieur, égaré en boutique et par le nom alléché,  lui offre la petite robe noire push up édition spéciale Wonderbra. Sauf que ça ne sent pas du tout pareil. Drame. Parce que de plus en plus souvent, sous un même nom, véritable marque à l’intérieure de la marque, on trouve une foule de parfums parfois TRES différents.  Et pas forcément tous jolis.  

Chez Narciso Rodriguez, les choses sont assez intéressantes : les différentes versions d’un même parfum sont de vraies variations sur la formule originelle.  Narciso, à l’image de ces photographies que j'aime,  est la représentation d'une fleur, un gardénia nimbé du flou des muscs sur une charpente de vétiver qu’on devine seulement. On distingue nettement quelques pétales, leur texture veloutée, un peu cireuse. Le parfum est enveloppant, confortable, jamais figé, nous baladant d'un effet fleuri a l'autre sans jamais se figer. Les flankers présentent un réel intérêt car ils font le focus sur d’autres éléments. Le point de vue n'est pas radicalement changé, mais on redécouvre la photographie. Narcisse est une image classique, mais tirée vers l'impressionnisme où les sensations sont plus intéressantes que la représentation.

Narciso poudré joue sur la texture, l'aspect poudreux, duveteux, d'une fleur. Plus jasmin, il se fait charnel en évitant la référence trop marquée à la salle de bain, l'évocation un peu trop cocotte. C'est doux et floral, plus rétro que la version d'origine, un rétro assumé et pas vieillot, qui plaira aux amateurs de vintage voulant rester moderne et ne pas passer pour des débris échappés d'une vitrine d'un quelconque musée de la mode du XXème siècle. (J'avoue qu'avec une tenue un peu trop classique assortie au parfum vintage, on court toujours un peu ce risque...)  Une version plus intime, plus paresseuse de Narciso. À tester absolument par les amateur de poudré, les dingues du sniffage de produits de maquillage, les amoureux de rondeurs moelleuses. 

L'eau de toilette, dans son flacon noir, est plus vive, un peu moins florale, nettement moins poudrée vanillée. Le feuillage humide du végétal est visible dès le départ, ainsi que la tige boisée. Un fruit légèrement juteux aussi, qui apporte une fraîcheur garantie sans sucre ajouté à la composition. C'est une version plus rosée. On a soudain l'impression d'avoir quitté la serre au profit du grand air. Les muscs sont  plus discrets, ils soutiennent la fragrance, n’en constituent plus l’un des éléments majeur.  Plus nette, c'est probablement la version que je préfère, plus vive, plus lumineuse et plus facile à porter. Plus jeune ? Oui, aussi, la fleur est encore en bouton. Mais chaque version à sa place. Permettant de créer une atmosphère semblable mais différente. 



À choisir selon son goût ou à porter toutes pour être fidèle mais pas trop... Pour une fois, une stratégie commerciale n'est pas dépourvue de sens: elle offre une belle cohérence, un réel intérêt et convole fort bien avec des choix artistiques, ce qui devient rare de nos jours. Si seulement tout le monde pouvait faire des flankers aussi bien que Narcisse Rodriguez...

Les avez-vous essayés? Lequel avez-vous préfféré?


Commentaires

  1. Bonjour Dau,
    J’attendais, impatiente un billet sur Narciso Poudrée, que j'aime beaucoup. Cet hiver j'avais découvert Narciso (flacon blanc) et je vous disais qu'au début je le trouvais un peu dérangeant mais que je n'arrivais pas à le quitter. C'est une senteur qui vous prend, un parfum un peu gras qui devient une partie de la tenue. Je l'ai porté quasiment tous les jours sans me donner à lui totalement, une sorte de binôme amour-révolte. La version poudrée est enveloppante, rassurante, elle m'accompagne dès demain puisque mon mari va me l'offrir (je confesse, je l'ai accompagné pour faire l'achat). Je trouve la version poudrée plus facile à porter mais je les aime les deux à la folie. Je n'ai pas encore porté l'Eau de Toilette mais cela ne va pas tarder, j'en suis sûre ;)))
    A bientôt!
    Sara
    P.S.: 1. Je trouve les photos, absolument pertinentes.
    2. Vous avez vu juste, la sensibilité au sang fait que les troubles et les frissons soient plus intenses, se réfugier sous la couverture toute frissonnante et se disant “je ne veux pas regarder… je ne veux pas regarder…” puis se masquer les yeux avec les mains et entrouvrir les doigts petit à petit fait partie de cette jouissance.

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  2. Bonjour Sara,
    Moi-même, j'ai une relation trouble avec ce Narciso qui me fait me dire souvent "c'est juste ça?" mais qui en même temps me hante et vers lequel je finis par revenir. Plus de confort et de rondeur pour la version poudrée, nous sommes d'accord. L'eau de toilette, il faudra me dire, je suis curieux... Mais je pense qu'on peut difficilement lui échapper lorsqu'on goûte les deux autres. Il est terrible ce Narciso Rodriguez qui nous fait faire des choses pareilles presqu'à notre corps défendant. Il est vrai que nous sommes des victimes très consentantes et que nous ne demandons qu'à nous faire charmer, mais enfin, c'est particulièrement réussi dans ce cas. Je crois que l'équilibre entre modernité et classique vintage joue pas mal dans mon cas, mais il n'y a pas que cela. Je crois tout simplement que le parfum est une très belle réussite...
    1 Merci
    2 à se cacher les yeux sans pouvoir s'empêcher d'écarter les doigts... C'est sibon!

    à bientôt

    Dau

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