jeu de textures

"ce vieux beau qui a l’expérience des choses de l’amour..."

Marcel Proust, à la recherche du temps perdu, la prisonnière, 1923.

La gourmandise n’est pas une nouveauté chez Guerlain. Ça peut presque faire figure de spécialité maison. Il y a du massepain dans l’Heure Bleue, du cake à l’orange confite dans Mitsouko et du gâteau à la vanille dans Shalimar. Shalimar qui est un peu ma limite, que je peux porter mais très rarement. Habit Rouge est totalement au delà en revanche. J’ai essayé, le trouvant beau, mais je n’ai pu terminer le flacon, écœuré par l’odeur de biscuit qui se dégageait au fil des heures. Le sillage est beau, très plaisant sur d’autre, mais moi le porter, plus jamais. (Ne vos excitez pas à la pensée de récupérer un ancien flacon, c’était dans ma jeunesse, milieu des années ’80, et le flacon a sombré depuis longtemps au fond d’une poubelle.)

habit rouge, dress code, Guerlain
L’annonce d’un flanker de plus, Dress Code, présenté comme gourmand, avait de quoi faire peur. Je n’ai jamais apprécié aucun des flanker d’Habit Rouge, tous moins beau que la version d’origine et l’idée qu’on infuse encore un peu de gourmandise dans la gourmandise laissait craindre le pire en termes d’apport calorique sucré. J’avais tort, Dress Code s’est révélé une délicieuse surprise de bout en bout.

Dress Code est un vrai flanker, pas juste une utilisation du nom pour vendre quelque chose qui n’aurait rien à voir avec le jus d’origine. Que les passionnés se rassurent, tous les éléments d’Habit Rouge sont présent, simplement réorchestré, arrangé différemment en un séduisant jeu de textures qui fait redécouvrir le parfum. Les notes fraîche du départ sont présentes, mais plus fugace, des nuances florales, poudrée se développe assez nettement, c’est rose et sombre, troublant, puis viens la gourmandise amandée que Guerlain nous avait annoncé, très joliment fondue dans l’ensemble, bien à sa place. Le fond part dans la direction classique mais met en sourdine les notes vanillée, du coup cette version est bien moins gourmande que l’originale ! À la place, une structure boisée, plus sèche, plus facilement portable selon moi. Et le cuir. Nettement. Civilisé, échappant à la caricature actuelle qu’en font les marques de niche à force de mono-cuir, tout en subtilité, mais bel et bien présent, contrebalançant la douceur de la fleur et de la poudre.

jeu de textures...
C’est beau. Vraiment. Plus moderne, uniquement dans le sens ou le parfum est moins compact et plus lisible, tout en restant riche et complexe. Mais toujours très classique et merveilleusement vieux beau. Habit Rouge n’a jamais fait jeune, Dieu merci, et ne fait toujours pas jeune, Alléluia ! Il possède toujours un confort élégant et suranné, même s’il est peut-être passé de la veste d’intérieur en cashmere bordeaux au tweed, et une séduction de vieux charmeur qui ne sait s’empêcher de complimenter. Chaleureux, plus que capiteux, confortable et réconfortant, il est parfait sur les jeunes. Plutôt en Converse. Aussi bien sur une femme que sur un homme, Guerlain nous ayant habitué, depuis son vieux Jicky, à brouiller les genres, à embrouiller la frontière trop nette que certains voudraient tracer entre homme et femme, se riant des exigences de virilité. Et, moi, je suis content, 25 ans après, je peux enfin, porter Habit Rouge.

Habit Rouge, Dress Code, Thierry Wasser pour Guerlain, 2015.

Commentaires

  1. Mon cher Dau, vous m'avez mis l'eau à la bouche! J'ai hâte de le tester celui-ci dont je lis de très beaux billets. Je dois dire que j'ai toujours eu du mal à porter Habit Rouge (par contre Shalimar voyez-vous, sur ma peau n'était pas friandise du tout, l'alternance bergamote, vanille, couches de bébé usagées ;)) était bien présente tout au long de la journée)
    Très cordialement,
    Sara

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  2. Bonsoir Dau et Sara
    Autant, je n'ai jamais pu porter (même supporter) Shalimar, autant je suis une accro d'Habit Rouge. D'aucuns s'accordent à dire que c'est une version masculine de Shalimar mais l'avantage c'est que justement comme Guerlain s'est amusé à rendre perméable la frontière masculin/féminin, je le trouve beaucoup plus subtil et plus fin que Shalimar. Je suis comme Sara, ce que vous avez écrit me donne envie, surtout si la gourmandise est amandée...
    A bientôt
    Cécile

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  3. Bosoir Cécile et Sara...
    Décidément, il y a du partage à propos de Shalimar-Habit Rouge!
    J'adore cette version d'Habit Rouge mais je précise: elle se goûte vraiment sur la durée. Le départ pourrait décevoir, moins de notes bergamotes, mais le reste est vraiment TRES séduisant.
    Je vais prendre la défense de Shalimar: il a mal évolué: il était plus contrasté et plus riche jadis. On en a fait une grosse vanille et je le regrette, mais c'est ainsi que l'aime les acheteurs...Ah, oui, la vanille, c'est populaire. :( La version la plus jolie est l'eau de toilette que je préfère nettement à l'eau de parfum, elle est beaucoup plus bergamote et plus contrastée. (Mais sans les notes un peu cuirées de la version originale.)
    à bientôt
    Dominique

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