le roman des Guerlain (m'est tombé des mains.)

Elisabeth de Feydeau  nous gratifie d’un nouvel ouvrage sobrement intitulé roman. Effectivement, c’est un peu creux et un peu court pour un ouvrage d’histoire. Elle nous retrace l’épopée Guerlain, du fondateur à Jean-Paul en compilant et en empilant les anecdotes, sans véritable perspective et sans point de vue. Le résultat est déséquilibré et peu plaisant à lire, il m’a fallu un week-end pas non que je le dévorais avec plaisir mais parce que j’étais pressé d’en finir.

Qui trop embrasse mal étreint ? Peut-être. On se dit que les deux cents ans ont été vite expédiés. Et surtout, il y a des changements assez perturbants…  Ce qui concerne Pierre-François Pascal Guerlain est relatif à sa vie personnelle, sans qu’on sache sur quoi l’auteure se base pour nous parler de sa relation avec son père par exemple, il y a un vrai problème de sources*, et aux aspects économiques. Quand Elle s’intéresse à Jacques, tout d’un coup, il n’est plus question que des parfums sous un aspect plutôt «artistique.» Impossible de voir la moindre ligne directrice dans cet ouvrage peu intéressant. Le pompon étant quand même de nous faire un chapitre consacré à l’heure bleue sans nous parler du Coty qui l’aurait inspiré mais en nous ressortant la promenade au bord de la Seine quand le soir arrive… 

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’Elisabeth de Feydeau sert la soupe aux Guerlain et à LVMH, prenant tout pour argent comptant, se contentant d’accumuler les faits sans aucun regard critique. M’a particulièrement agacé la description de la gestion de l’usine « en bon père de famille » où elle nous explique par exemple qu’il y a beaucoup de femmes qui sont employée car «c’est un travail de précision» sans le moins du monde relever le fait qu’à l’époque, encore plus que maintenant, la main d’œuvre féminine coûtait nettement moins cher au patron que son équivalent masculin. C’est probablement un détail, après tout, tout est toujours beau et bon dans le monde des Guerlain. 

De même, lorsqu’il est question du départ de Jean-Paul, elle passe sous silence la polémique «des « nègres qui n’ont jamais tant travaillé que ça.» Pourtant, il aurait été intéressant d’en parler que ce soit pour nous expliquer le dérapage, nous dire comment Jean-Paul Guerlain a vécu la polémique, ou pour parler des dégâts quand à l’image de la marque, de l’impact éventuel sur les ventes. Mais non, tout cela n’a JAMAIS existé. Après tout, une fois qu’on a parlé d’enfant prodige de la parfumerie, on a tout dit, pourquoi faudrait-il creuser ? L'essentiel, c'est de pouvoir nous ressortir que Chamade accompagne la libération des femmes et leur envies de liberté…

Bref, l’ouvrage est complaisant, lissé et sans intérêt. J’ai eu l’impression de lire un vaste dossier de presse, plutôt indigeste, de ne rien apprendre, de perdre mon temps. Si vous y avez trouvé de l’intérêt, dites-moi, parce que je cherche encore.

Elisabeth de Feydeau, le roman des Guerlain, parfumeurs de Paris, Flammarion, 2017.

*Archives privées n’étant pas une description très fiable : correspondances privées ? Si oui, de qui à qui ? Articles de journaux ? Lesquels ? Documents et rapports de l’entreprise ?

Commentaires

  1. Cher Monsieur, Comme vous avez de la chance de tout savoir sur ce sujet et comme j'aurais aimé vous connaître plus tôt, cela m'aurait gagné tant de temps de recherches ! je ne savais pas que vous étiez déjà remonté aux sources de cette famille, que vous aviez consulté toute leur généalogie jusqu'au XVIème siècle, lu les carnets de voyages et de commandes du fondateur au tout début du XIXème siècle, ses anciens livres de formules, les archives (aujourd'hui indisponibles) du syndicat de la parfumerie française entre 1889 et 1945, que vous aviez déjà planté la toile du contexte social et économique de la parfumerie sur 150 ans, que vous aviez aussi retracé l'histoire de Paris etc. Ce que j'ai pu faire au travers de mes recherches, qui ont permis de mettre à jour des sources inédites pour certaines et ont constitué la base de mon travail d'écriture de cet ouvrage. Vous me reprochez aussi d'avoir passé sous silence les propos malheureux de JP Guerlain. En effet, c'est volontaire de ma part car je pense qu'en parler les aurait fait vivre davantage. Les paroles passent, les écrits restent, le silence est d'or ! Alors, pourquoi ranimer la flamme de cette polémique, qui ne mérite pas qu'on lui donne plus d'importance ? oui, j'ai choisi une forme romanesque car l'histoire de cette famille est une belle histoire et un exemple admirable de dynasties d'entrepreneurs français, dont on a besoin pour rêver un peu ! je suis désolée si le livre vous est tombé des mains, heureusement que d'autres ont pris du plaisir à sa lecture ! "on ne peut pas plaire à tout le monde, au risque de ne plaire à personne" disait Sacha Guitry. Alors, je suis bien aise que mon livre vous ait déplu ! Pour conclure, j'ajouterai que la critique est aisée, l'exercice plus difficile et qu'une bonne critique fait progresser, quand elle n'accuse pas sans preuves ! Cela n'est malheureusement pas le cas de la vôtre et à la lire, on se dit que la jalousie est un bien vilain défaut ! cordialement. Elisabeth de Feydeau

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    1. Madame,

      Si je savais tout sur un sujet, quel qu'il soit, j'aurais écrit des livres au lieu d'en acheter. Je respecte votre travail, j'avais d'ailleurs dit du bien de votre ouvrage précédent (Enfin, il me semble que c'était le dernier publié avant celui qui nous occupe, celui paru dans la collection bouquin)que j'avais trouvé bien plus instructif et plus plaisant à lire. Ici, j'ai un vrai problème, oui. Si le livre est un livre d'histoire, il manque des choses, s'il est un roman, il est fort peu plaisant à lire et ne devrais pas adopter cette forme qui est celle de la biographie...

      Loin de moi l'idée de ranimer cette polémique, que je trouve fort regrettable et malheureuse des propos malheureux de Jean-Paul Guerlain. Simplement, elle a existé, elle a précipité son départ et je pense qu'il aurait été intéressant d'en savoir plus sur la façon dont les choses avait été vécues par l'homme et par sa famille. J'imagine volontiers que cela n'a pas été facile pour lui de traverser ce que ses propos malheureux ont déclenché et, oui, du coup, j'aurais aimé savoir comment il avait encaissé le coup, comment il avait réagit. On dit souvent qu'il ne faudrait jamais écrire la biographie d'un individu avant sa mort, c'est peut-être un principe qui devrait également s'appliquer au "roman?"

      Le concept de jalousie est ce qui est avancé à la moindre critique, c'est un peu facile comme défense.

      Croyez-moi, j'espère juste que votre prochain ouvrage me paraîtra aussi utile et intéressant que le précédent.

      Bien à vous

      Dau

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  2. En réponse à Elisabeth de Feydeau,
    Chère Madame,
    Je lis depuis un certain temps ce blog qui parle de livres, de parfums, de thé et de la vie en général et je suis au regret de vous dire que la critique de votre livre me semble parfaitement claire et simple: votre ouvrage ne semble pas équilibré à l’auteur du blog.
    Si j'ai bien compris, vous avez effectué nombre de recherches avant d'écrire ce livre, cette dernière circonstance reste incontestée, reste à savoir si le résultat est à la hauteur de ce travail préliminaire.
    Pour finir, j'aimerais souligner que le ton de votre réponse hâtive me semble relever d'une certaine colère.
    Je vous prie, Chère Madame, d’agréer mes sentiments les plus respectueux.
    Sara
    La Vizcondesa de Saint-Luc


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    1. Chère Sara,

      Il semble que la réaction d'Elisabeth de Feydeau relève du mouvement d'humeur, oui, ce qui est assez logique fasse à un billet qui est avant tout un billet d'humeur. Je la trouve légitime, quoi qu'un peu puérile quand on avance pour argument "vous êtes jalousie et c'est pas bien" telle une youtubeuse de 14 ans. Cela dit, je continuerai de lire ses ouvrages, dont certains m'ont beaucoup plus et auxquels je reviens régulièrement et je gage que le prochain nous réconciliera. Ma billeteut été moins dur si je n'avais su que Mme de Feydeau pouvait faire mieux.

      Bien à vous

      Dau

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  3. Si je peux me permettre aussi de répondre directement à Mme de Feydeau (si Dau n'y voit pas ombrage),

    À titre d'historienne, je considère que la critique fait partie "du métier", elle permet de situer les lecteurs et donne à l'auteur des informations pertinentes pour un prochain ouvrage puisqu'il y a toujours place à l'amélioration. Que l'on soit vexé par le déplaisir d'un lecteur est une chose, que l'on réponde à ce même lecteur -et éventuellement aux autres- en lui déniant le droit de s'exprimer et en le prenant de haut, je n'en vois ni la pertinence ni le bien-fondé. La réaction me semble en effet assez puérile. Dès qu'une création ou réalisation (toute oeuvre confondue) est éditée, montrée et tombe dans la sphère publique, elle peut devenir l'objet d'évaluations de plusieurs natures: bonne, mauvaise ou encore mitigée.
    Je ne peux me prononcer pour le moment sur le fond, l'oeuvre, mais uniquement sur l'attitude. J'ai beaucoup apprécié l'anthologie, ce qui suscite des attentes élevées et cela reste assez positif au final. Nous connaissons tous l'adage : "qui aime bien, châtie bien".

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    1. Chère Hermeline, vous êtes toujours la bienvenue dans ces parages.

      Oserais-je ajouter que s'il est une chose que j'ai retenue de mes études en histoire, c'est qu'il est sain et nécessaire d'être critique vis-à-vis de soi-même? Hélas, la petite, toute petite, sphère parfumée n'est en dehors de quelques piques pas vraiment un lieu de critique. Le monde étant petit, les places chères et les enjeux parfois important, on s'habitue à la pratique de la complaisance généralisée. On se congratule perpétuellement et on en arrive à être choqué que quelqu'un n'aille pas dans le même sens.

      Et comme vous le dites si justement, si je ne pensais pas qu'Elisabeth de Feydeau était capable de bonnes choses comme elle l'a déjà prouvé, je ne perdrais pas mon temps à lire ses ouvrages et à les commenter. Je les rangerais dans la catégorie "sans intérêt" et je passerais mon chemin. Ici, j'ai vraiment un problème avec l'ouvrage qui est mal positionné, j'aurais franchement préféré un roman , une véritable oeuvre de fiction à cet hybride.

      Mais enfin, je ne sais pas si je peux donner mon avis ;-)

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